Le Candidat-Faune. 6- La lettre aux « grands électeurs », avril 2011

Posté le Lundi 18 octobre 2010

Messieurs, Mesdames,

Je, Nude Solaarr, me permets de solliciter votre attention et, peut-être, votre soutien en vue de l’élection présidentielle qui se tiendra au printemps de l’année prochaine et pour laquelle je vous garantis ma parfaite éligibilité, au vu des conditions législatives réglementant les modalités d’élection de la Vème République française.

LUCIDE, je suppose que la prétention d’un inconnu à une fonction aussi haute que la Présidence de la République engendrera légitimement votre méfiance, piquera éventuellement votre curiosité ou provoquera chez certains la raillerie. Certes, j’imagine votre réflexion à cet instant, c’est-à-dire avant même d’avoir pris connaissance de la vision politique que je me propose de défendre : Quelle chance a-t-il d’être élu, lui que personne ne connaît (donc serait-ce un soutien « utile »)? Une Nième candidature mineure ne complexifiera-t-elle pas le choix des électeurs et les négociations de l’entre-deux-tours ? N’aboutira-t-elle pas à l’amenuisement croissant des partis majoritaires, au risque de voir se reproduire un nouveau 21 avril 2002 ? Quel message ce soutien enverra-t-il au sujet de mes propres positionnements ? -- et je ne peux que saluer le sérieux avec lequel vous rendez honneur à vos fonctions d’élus -, mais j’en appelle davantage encore à votre SENS DEMOCRATIQUE ET REPUBLICAIN :

Considérant les taux d’abstention régulièrement élevés, la fluctuation du nombre d’inscrits sur les listes électorales, une alternative droite-gauche qui donne le haut-le-cœur à l’espoir et qui déboussole l’évolution de notre pays, les crises économiques plâtrées par des hommes politiques nationaux qui semblent impuissants à trouver une issue rassurante, la défiance citoyenne face à une classe politique marquée par les « affaires », la faible connaissance des institutions par les citoyens qui renforcent la méfiance précitée dans un fantasme globalisant et s’appliquant à tous les niveaux politiques, et j’en passe car vous connaissez ces tendances aussi bien que moi, l’existence d’une nouvelle figure « issue du peuple », vierge de tout passif polémique, de toute malversation financière ou de toute accointance partisane, est un signal de changement envoyé aux citoyens, d’autant plus fort qu’il ne s’agit pas d’une stratégie d’image engoncée dans des logiques identiques mais bien d’une démarche coïncidente avec un NOUVEL EQUILIBRE DE LA REPRESENTATIVITE. Pour ce, en sus de la pédagogie à l’adresse de la population visant à accompagner l’assainissement des pratiques actuelles et des relations qui en découlent, nous envisageons une réforme des institutions, voire une nouvelle constitution ainsi qu’un maillage territorial plus adéquat.

La France, aussi fière de son passé puisse-t-elle être (malgré quelques faits de son histoire passés sous silence), ne peut trouver un second souffle sans un « DESIR DE SOCIETE » renouvelé. La morosité ambiante est le reflet et l’amorce de cette absence d’engouement. Où sont les grands combats politiques qui engageaient tout un « projet de société » ? Quels sont les grands meneurs qui n’ont pas avorté leur vision passionnée au profit des raisons de partis ? La maladroite consultation sur l’identité nationale, par exemple, comprenait en filigrane cette question, preuve, s’il en faut, que même informulée elle est au cœur des préoccupations auxquelles la classe politique doit se (re)confronter de nos jours. Tel est l’objectif principal vers lequel est orientée notre pensée politique, et que le principe formulé par le philosophe Henri Bergson : « penser en homme d’action et agir en homme de pensée » anime. A ce titre, nous refusons les postures préjugées qui tordent les faits dans le sens d’un finalisme théorique aussi bien que le mécanisme évolutionniste. Autrement dit, nous nous opposons à la mondialisation élevée en argument fataliste, à l’Europe arguée en obstacle de l’élan des populations territoriales, à la reddition politique face à l’ordre économique, aux politiques de la peur et de la gestion de crise, à l’argutie de l’héritage des politiques antérieures pour justifier les difficultés rencontrées, à tous vecteurs de l’immobilisme en somme. Le « désir de société » invoqué replace la souveraineté populaire à la base des décisions et de l’action qui en découle et ne se conçoit réalistement que dans une démarche de responsabilisation collective, à commencer par la classe politique dans son ensemble. Voici donc ce que revêtira votre soutien si vous voulez bien me l’accorder et ressentez ce besoin qui gronde dans le cœur de nos concitoyens : ni révolutionnaire, ni conservateur, je prône donc un simple retour au « BON SENS »… voire au sens, simplement, fondé sur la force de la détermination et des valeurs humaines et sociales.

Pour achever cette présentation et vous démontrer le sérieux de la réflexion présidant à ma candidature, je me permets, en annexe à cette lettre, d’esquisser la forme gouvernementale qui mettrait en œuvre le cadre politique ci-dessus décrit. Celui-ci se composerait de onze Ministères chapeautés par un Premier Ministre aidé par cinq Ministres d’Etat représentant chacun un des grands mouvements politiques de notre pays :

01. Ministère de l’autosuffisance et du bien-être alimentaire. L’agriculture, la pêche, la préservation de tous les milieux de cultures ont toujours été les fondements de toute société humaine. A ce titre, les difficultés, voire les contraintes, que ces nobles travailleurs rencontrent sont inadmissibles et même suicidaires. C’est la raison pour laquelle tout pays devrait être capable de fournir, en fonction de son climat et de ses besoins, une autosuffisance alimentaire pour l’ensemble des citoyens. Je reprends donc à mon compte et dans le cadre de ce ministère, la création d’un lien plus étroit entre producteurs et consommateurs de denrées alimentaires, au travers de marchands urbains de coopératives agricoles ou piscicoles, qui facilitera non seulement le traçage mais aussi un prix juste pour les nécessités alimentaires premières des citoyens.

02. Ministère de l’instruction publique et des sciences. Portant une grande réforme de notre système éducatif, du primaire au supérieur, il aura pour objectif de placer le parcours des individus au centre de son organisation. Parmi d’autres lignes directrices, nous redonnerons à « l’école » une dimension civique en la concevant comme formation légitimée par la figure citoyenne des individus formés, leur découverte et développement d’un parcours personnel et une finalité orientée vers une vision professionnelle réelle. Plus concrètement, pour exemple, les différenciations (absconses) entre formations techniques et formations dites générales n’auront plus lieu, la conception de validation des acquis tablera sur un parcours de « modules » (dont certains obligatoires) qui fera du « redoublement » non plus une redite mais une confortation des modules non-acquis tandis que les autres permettront l’évolution de l’élève, le diplôme sera revalorisé à des fins (premières) de reconnaissance de compétences,… Ce ministère sera également en charge de la recherche et des productions intellectuelles.

03. Ministère de l’égalité des chances sociales. Parce que l’intégration des populations immigrées doit être reconnue par le pays d’accueil et non « prouvée » par les arrivants, parce qu’il existe des situations factuellement très différentes selon les êtres humains, leur provenance sociale et les horizons qui sont alors les leurs, parce que nous ne sommes pas aveugles quant à ce constat et que « l’école » n’est pas le seul support de l’égalité des chances, ce ministère prendra en charge les questions de soutien des initiatives personnelles ou collectives afin de répondre au moins partiellement aux logiques sociologiques de « reproduction sociale » trop prégnantes dans le découragement (d’une partie) de la population. Il ne s’agit en aucun cas d’un assistanat systématique mais bien d’un encouragement, par des procédures et des commissions d’examen de dossiers, pour tout citoyen porteur d’un projet. Par exemple, les populations immigrées se devront, comme aux Etats-Unis, de maîtriser un niveau minimal de la langue française pour leur permettre de se mouvoir en notre pays de manière plus autonome. Les discriminations de tout type sont facilement répréhensibles dans les discours, mais chacune se combat au cas par cas. Le but de ce ministère visera donc à une réflexion suivie d’une action sur la mise en relation entre motivation de chacun et difficultés objectives pour y parvenir.

04. Ministère de l’emploi et des entrepreneurs. Outre ces trois premières lignes de politique générale, la priorité de notre gouvernement, si nous sommes élus, se situera au niveau de l’emploi. La « sécurité », invoquée depuis quelques années comme sujet primordial (en jouant sur le plus bas instinct des êtres humains : la peur) ne trouvera de solution qu’à partir du moment où l’inactivité qui mène à l’ennui et à la nécessité de trouver d’« autres moyens » de subsistance sera amenuisée. Dans une volonté de ne plus opposer « patronat » et « salariés », d’être plus en adéquation avec les réalités économiques (la majeure partie des entreprises étant des PME-PMI) et de restaurer un environnement de travail plus sain, ce ministère chapeautera donc tous les acteurs économiques du « labeur », dont les chômeurs bien trop nombreux font partie. En ce sens, une réflexion sur ce que l’on nomme les « ressources humaines », horrible expression s’il en est, sera menée de manière à ne plus considérer les employés comme une ressource parmi d’autres, gérée au même titre que les rames de papier ou le toner de la photocopieuse pour caricaturer. Dans ce cadre, conscients que le recrutement et la gestion des employés représentent toutefois une part importante des préoccupations et des charges de toute entreprise, nous nous proposons de développer une autre approche de la question, basée sur le fait de « donner sa chance » à chacun (en contrepartie de formations et de réductions de charges patronales envisageables), sur une définition plus précise des fonctions occupées (pour éviter qu’un employé soit sur-utilisé ou corvéable, car à l’heure actuelle, ceux qui ont l’heur d’être employés sont pressurisés, stressés et trop souvent réduits en palliatifs d’un manque de personnel), sur une nouvelle obligation d’évaluation et d’évolution du carrière effectué avec en fond des possibilités de recours des salariés, par médiation, qui rompent avec leur isolement (hors syndicats et comités d’entreprise),… L’optique visée par ce ministère consistera donc à justifier de part et d’autre de logiques assainies à l’intérieur des entreprises renouvelant la motivation-moteur de toute activité.

05. Ministère de la justice républicaine. Ce ministère élargi devra nécessairement être sous-divisé puisqu’il comprendra toute la chaîne : du maintien de la paix sociale au système carcéral, de la reconnaissance des faits à la réparation, en passant bien évidemment par le jugement des actes répréhensibles. La police, l’administration pénitentiaire, l’administration des Sceaux seront donc chapeautés par un même ministère de manière à ce qu’il y ait une cohérence plus évidente (et non plus divisionnaire) dans le cheminement de la justice sociale. L’action policière, plus précisément, se doit, dans cette conception, d’être le symbole de la présence de la justice étatique auprès des citoyens. Nous reviendrons donc à une police de proximité à qui nous donnerons les moyens de répondre proportionnellement aux actes qu’ils auront à gérer. A la fois interlocuteurs et interventionnels, contrôlés par ailleurs à la fois de manière interne et par des médiateurs locaux, les policiers ne devraient plus être soumis aux lourdeurs administratives qui infléchissent leurs actions (et notamment pour les actes mineurs). Pour faire suite à cette action de terrain (à laquelle une formation basée sur une réflexion menée préalablement de manière conjointe avec ces représentants de l’ordre), une grande réflexion sera menée sur les avantages et objectifs du système répressif. Les prisons, surchargées, accueillent un certain nombre de personnes pour lesquelles un simple éloignement (avec travail à intérêt général, à l’international ou dans d’autres départements français) et un suivi psychologique à but pédagogique seraient plus efficients. Cette surcharge vide inversement de sa substance l’action que devrait mener cette institution sur les êtres humains qui y sont enfermés. Ainsi, les juges verront accroître la palette de sanctions à leur disposition pour juger au mieux et en raison d’un contexte précis les individus dont les actes seront amenés à leur connaissance. En tout cas, ce ministère sera fondé sur la réflexion de « l’utilité » de ses décisions au vu des effets escomptés. Aucune sanction ne doit se banaliser, telle est notre ligne directrice, celle d’un assainissement social dont seule peut émerger la « sécurité », tant préemptée depuis des années.

06. Ministère de l’administration publique. Dans la même perspective que précédemment, l’administration publique doit retrouver son étymologie. Il s’agit de « services aux citoyens » et non d’une nébuleuse ressentie comme pyramide de « petits chefs » assise sur du personnel sans pouvoir, au nom de règles mal-comprises. Le singulier utilisé pour la dénomination de ce ministère s’inspire de cette règle fondamentale. L’administration, quels que soient ses multiples services et fonctions, est une dans sa finalité : mailler le territoire au plus près des besoins et des spécificités locales de manière à garder un contact constant avec la population et lui faciliter les démarches. Il est, dans ce cadre, inadmissible que chaque visite à La Poste, à la préfecture, au Pôle Emploi, par exemple, soit récompensée par une attente interminable et des réponses floues ou automatisées. La faute n’en incombe nullement aux fonctionnaires mais bien à une perte du « sens du service » au profit d’une productivité inadéquate pour ces services, d’une complexification croissante des procédures, d’une centralisation des règles parfois déconnectées des besoins réels des administrés. Garante de l’officialité républicaine, l’administration publique ne doit certes pas non plus se fourvoyer dans un « cas par cas » inique mais l’écoute du personnel en contact de la population et la remontée des informations et difficultés rencontrées, voire de la prise en compte de situations particulières, doivent se faire plus régulières. Pour synthétiser, il faut redonner une dynamique à notre pays à laquelle les lourdeurs administratives font défaut. De même, l’Etat, personne morale bien vague pour les citoyens au quotidien, doit justifier sa présence autrement que par son caractère seulement autoritaire. Telles sont les clés d’une nouvelle culture citoyenne. Pour ce faire, nous proposons, dans le cadre de ce ministère un programme de réflexion et d’installation d’un cadre de communication inter-institutions (comprenant également les collectivités locales). L’idée est de fourmiller de propositions, de rompre avec la communication unilatérale pour instaurer des échanges horizontaux et verticaux obligatoires et salutaires à la prise en compte globale de tous les « éléments » de notre système institutionnel et ce, quel que soit la distance qui les sépare. Il ne s’agit pas de « valider » telle ou telle décision mais d’instaurer ainsi une veille sur les opérations menées en fonction de spécificités locales ou conjoncturelles de manière à constituer un vivier d’idées qui devront être évaluées. L’intérêt consiste à ne pas « isoler » les dirigeants (chacun son « pré carré ») et, ainsi, de susciter de réels débats démocratiques et une vision plus claire des tendances générales appliquées. Combien de fois ai-je entendu des élus ou des membres de collectivités s’interroger sur le bien-fondé de telle ou telle institution ? Combien de fois ai-je entendu se répéter en de multiples lieux les mêmes doutes ? Diviser pour mieux régner est le fait du prince ; (S’)informer et échanger, celui du décideur politique avisé !

07. Ministère de la gestion des fonds publics et de l’économie nationale. N’étant pas un économiste pointu (la transparence oblige aussi à avouer ses limites et s’en remettre à des personnes plus compétentes), je ne m’aventurerais pas dans une description précise de ce ministère et m’en remettrai, si cela les intéresse, à des économistes tels que Frédéric Lordon, par exemple. En revanche, notre ligne de mire visera en premier lieu cette dette publique structurelle, insoutenable et qui « s’emballe ». A titre de rappel, la charge de la dette (le paiement des seuls intérêts) équivaut au montant collecté par l’impôt sur le revenu : les travailleurs ont-ils à supporter le poids de logiques auxquelles ils n’ont pas souscrits ? Notre réponse est négative. Ainsi, avec un service de la dette (le paiement annuel des échéances du capital plus les intérêts des emprunts souscrits) aussi élevé, l’immobilisme budgétaire, les jeux d’écriture comptable et l’augmentation constante du poids de l’impôt sur les contribuables (sans la contrepartie de l’investissement… installant une sorte de double peine : impôts et coupe budgétaire sur les prestations étatiques) sont les seuls mécanismes proposés. Mais, structurellement, rien n’est efficient : aux mêmes causes, les mêmes effets. Pour exemple, les privatisations qui réduisent temporairement le montant des déficits et de la dette ont pour réelle conséquence l’appauvrissement du patrimoine de l’État, sans pour autant régler en quoi que ce soit la question. La réalité est la suivante : près de 60 % de la dette de l’État français est détenue par des non-résidents (entreprises et ménages étrangers, qui plus est aux deux tiers non originaires de l’UE). Quant aux 40% restants, la quasi-totalité est détenue par ou au sein de contrats d’assurances, d’Organisme de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM) ou des  établissements de crédit, soit ce pouvoir actionnarial composé par un groupe allongé et étiré de médiateurs financiers entre les petits actionnaires et les entreprises pressurisées par ces médiateurs, dans ce nouveau rapport de forces, sous leurs injonctions de rentabilité financière. Nous envisageons donc de repenser ces médiations et de les reconstituer, en repensant le capital non plus seulement comme instrument technique de financement mais sous la forme d’un rapport social, car les apporteurs de « machines » ne peuvent pas plus se passer des apporteurs de force de travail que l’inverse. Plus  concrètement, pour cisailler à la base toutes les incitations négatives en provenance des actionnaires (à des fins de rendement des capitaux toujours croissant et ce, sans limite), nous pensons instaurer un niveau réglementaire maximum de rentabilité autorisée pour les actionnaires. Tout dépassement de ce plafond sera alors objet d’un prélèvement confiscatoire intégral. D’autre part, nous mènerons une réflexion sur l’utilité de la Bourse et sur le rôle des banques, sans rien exclure, de la fermeture de la première à la nationalisation des secondes. Ainsi, ce Ministère accomplira une réelle charge de revitalisation de l’Etat social. Aussi répandue soit l’idéologie néolibérale, aussi preneuse d’otages soit-elle (ce qui explique que les crises et les « chocs » dus à sa déréglementation la renforcent au lieu de l’amenuiser),  aussi faussement consensuelle soit-elle, nous pouvons agir politiquement sur le monde économique. Plus qu’une possibilité, c’est une nécessité et même une condition pour réinstaurer la puissance publique, notamment au travers d’une meilleure redistribution fiscale (qui aux côtés de l’instruction et du sens citoyen est le dernier fondement d’une société démocratique). Pour parfaire cette action d’assainissement et de ré équilibrage, nous mettrons bien évidemment la question de la répartition fiscale au centre nos réflexions… sans développer ici plus avant la question étant donné l’évolution annuelle qu’elle implique.

08. Ministère de l’environnement citoyen et des affaires sociales. Ainsi que votre sens analytique a pu vous le souffler, les titres donnés aux ministères envisagés sont assez révélateurs de nos ambitions : notre politique est totalement orientée vers ce à quoi elle est initialement destinée, à savoir l’organisation de la « polis » ou cité, éminemment sociale par nature. A destination des citoyens qui composent cette cité, nous dédicaçons un ministère qui s’occupera de leur « environnement », certes écologique mais aussi et surtout de tout ce que qui se relie à « l’ambiance » : aménagements urbains, logements, lieux de vie, moyens mis à sa disposition pour y accéder, infrastructures et prestations qu’ils y trouveront,… Ce ministère aura donc pour charge d’aider les collectivités locales à une évaluation des besoins et de leur financement pour mieux les inscrire dans une perspective coordonnée sur l’ensemble d’un territoire. Ce ministère sera donc en quelque sorte le pendant de ce qui existera comme échanges communicationnels au sein de l’administration et ses orientations, mais du point de vue des infrastructures, servira ainsi de coordinateur inter-affaires sociales, car nous pensons que toute réduction d’une de ses affaires sociales à un ministère spécifique n’est que coup de communication (en fonction d’enjeux médiatisés) qui ne produit que des résultats partiaux et imparfaits. D’un objet relativement flou, large quant à ses enjeux et même voué à élargir ses compétences, ce ministère n’en reste par conséquent pas moins essentiel. Il est le premier des ministères qui viendra en renfort d’un autre ministère sur des questions plus précises, à la manière de commissions, avec le surcroît de légitimité qu’une vue d’ensemble octroie.

09. Ministre de la santé (et des sports). Dans cette même veine des ministères dits « complémentaires » (mais non subordonnés, nous insistons dessus), le ministère de la santé (et des sports) aura pour charge les domaines fondamentaux de la sécurité sociale et de ses comptes spécifiques (avec contrôle plus poussé des acteurs du secteur), de l’offre de soins (complétée par les contrôles réguliers de la vue, par les soins dentaires, par le dépistage régulier de maladies,…), des campagnes de prévention et d’hygiène corporelle et physique,… Il travaillera étroitement, en qualité de conseil, avec le ministère de l’autosuffisance et du bien-être alimentaire pour une connaissance des effets des productions sur la santé, et avec le ministère de l’emploi et des entrepreneurs en ce qui concerne la santé au travail (stress, conditions de travail,…). Ministère classique, il aura aussi pour charge d’aborder les questions de l’équipement purement sportif (en concordat avec le ministère de l’environnement citoyen) comme les gymnases, les salles de sport, les centres de remises en forme et autres structures d’accueil à vocation professionnelle. Ainsi, ce ministère sera amené à collaborer également avec celui de l’instruction pour les formations de sport-études. Et dans cette perspective professionnelle du sport, il sera également en charge des questions relatives à ces carrières (de l’assainissement anti-dopage à celui des salaires et du nivellement de ceux-ci) et du suivi post-carrière des sportifs professionnels comme des employés d’autres secteurs dont l’activité aurait eu des conséquences sanitaires (ce qui permettra de soutenir les actions de ceux qui souhaiteraient indemnités).

10. Ministère des cultures, des arts et de la diversité médiatique. De même que nous refusons un « Ministère de la jeunesse et des sports » parce que, premièrement, nous ne croyons pas que le sport soit l’apanage de la jeunesse (ce que cette appellation sous-entend) et, deuxièmement, parce que cette nomination nous fait penser (plus ou moins insidieusement) à un ministère de canalisation de l’énergie, le ministère des cultures et des arts comprend en son titre un pluriel car nous comptons soutenir non plus UNE « culture légitime » mais encourager la diversité des initiatives et aussi, de cette manière, représenter celle qui existe en notre société. Le déni de LA culture, unique, renvoie nécessairement à la question de la pensée unique qu’une exposition médiatique trop globalement uniforme renforce. Telles sont les raisons de ce grand ministère de la liberté d’expression. Acteur de l’industrie culturelle et pigiste durant ma carrière, je ne connais que trop bien les logiques déviantes de ces secteurs d’activité et l’isolement dans lequel se trouvent leurs acteurs. La liste n’est pas exhaustive mais pêle-mêle, nous pouvons citer : les subventions mal-réparties confinant à la gabegie et octroyées par des commissions-réseaux, la focalisation médiatique (à outrance, parfois) sur une infime minorité de l’offre artistique, le renversement des rôles entre émetteurs médiatiques (prescripteurs initialement) et spectateurs par le truchement d’un audimat-preneur d’otages (parmi lesquels la créativité, la diversité, la prise de risques et la visibilité), les rémunérations souvent dérisoires (couvrant même à peine les frais dégagés pour la date), flottantes et non déclarées (sous peine de purement et simplement impossible la scène prévue), la dévalorisation de la culture au profit des logiques du marché assujettissantes enchevêtrées avec la montée en puissance de la gratuité (impensable s’agissant d’un travail réel), réduction du temps de maturation (des articles ou des œuvres) en raison d’un rythme toujours plus poussé au détriment de l’affinement du fond,… Et nous pourrions ainsi continuer sur plusieurs pages. Inspirés par la pensée de Boris Vian, nous ne pensons pas que le « public » soit réfractaire à la nouveauté et à la découverte. Encore faut-il (et les modules culturels de l’instruction publique y répondront en partie) qu’un service de qualité, en fonction de ses intérêts (variés), lui soit accessible. Ainsi, nous travaillerons, dans le cadre de ce ministère, à une refonte des relations entre les différents maillons des chaînes de diffusion de toute idée pour mieux les encadrer et, parce que n’est pas contraire, leur redonner force et ligne éditoriale. Comme ceci ne peut passer par la contrainte (hormis quant aux objectifs visés), nous proposerons après consultation orientée et réflexion une réelle charte déontologique à laquelle sera soumis l’ensemble des acteurs de ces secteurs sous peine d’amendes élevées.

11. Ministère de la protection des civils. Le volet international complétera définitivement notre gouvernement. Nous le plaçons sous le sceau de la protection des civils pour une raison simple : plus influencés par Léon Duguit que par Maurice Hauriou, nous concevons la souveraineté nationale assise sur une souveraineté populaire éclairée qui rend ainsi obsolète une « raison d’Etat » opposable. Comme tel ne fut pas toujours le cas, nous projetons (comme dans la législation intérieure, d’ailleurs) une remise à plat de l’ensemble des traités signés (pouvant conduire à leur renégociation ou à leur dénonciation et engageant, de fait, d’autres Etats à un même mouvement). Pour se faire, nous retiendrons quelques critères simples dont la pertinence de la diversité des engagements (multilatéraux ou interétatiques), leur cohérence au vu de la protection des civils et l’évaluation de leur application. En effet, ces engagements internationaux ayant une valeur supranationale et la mondialisation économique étant présentée comme nouvel ordre économique indéfectible (et moteur de l’ouverture des frontières pour faciliter le libre-échange), ce poids extranational pèse lourdement sur un fatalisme ambiant qui s’en use comme d’un épouvantail liant pieds et poings des dirigeants. L’Union européenne (économique) et les débats sur sa constitution nous ont offert un exemple typique de cet état de fait. Nous ne sommes pas anti-européens mais comprenons la défiance de nos concitoyens par rapport à elle lorsqu’on invoque cette belle idée pour pressuriser et diriger notre agriculture, pour expliquer que les citoyens ne sont pas libres de choisir leur voie, le régime économique qu’ils souhaitent réellement, les législations qui leur conviendrait le mieux,… Tout ceci donne l’impression que leurs voix ne sont plus vraiment écoutées, qu’ils sont ainsi spoliés de leur propre destinée. En renfort de ce sentiment, les services de renseignement général et l’armée ressemblent à un Big Brother, maintenant la population sous contrôle (en s’établissant contre elle ou en ligne de partage entre « ceux qui ont quelque chose à se reprocher » et les autres), alors que leur mission première est surtout le maintien de la sécurité de tous. Notre position est donc de créer, via ce ministère et son action, une protection palpable qui affranchisse en toute franchise les citoyens de leurs recours contre les dysfonctionnements étatiques et qui réoriente les activités des services généraux également vers l’Etat. Quant à l’armée, trop souvent considérée comme le valet de la puissance publique, serviteur grand muet à la Bernardo, dans un contexte où la guerre ne sert plus qu’à un impérialisme économique et où toute attaque contre le territoire sera de toute manière annihilatrice, nous lui réservons un rôle plus sociétal : l’armée ne sera plus un palliatif de crise mais bien un acteur de l’ordre public (et nous ne pensons pas ici à la répression de révoltes populaires mais bien aux stratégies, valeurs et entrainements qu’elle a affiné au fil des siècles et qui serviront tant à une rééducation des personnes déviantes qu’à une réponse proportionnée pour libérer les concitoyens pris en otages par des « situations » comme des émeutes sauvages ou face à des « zones de non-droit » (pour reprendre une expression journalistique que nous réfutons). L’armée deviendra donc un acteur à la fois international et national de toute intervention dès lors que le ministère de la justice verra son action rendue inappropriée. A charge pour les citoyens donc de ne pas donner raison à son intervention par des actes qui, dans le cadre de la politique que nous proposons, auront toutes les armes institutionnelles, cognitives et comportementales pour asseoir une vie apaisée.

Messieurs, Mesdames, veuillez m’excuser pour la longueur de cette exposition mais je me devais de vous compenser mon anonymat initial et le soupçon fantaisiste qui en découle par une démonstration plus précise des directives politiques que je vous invite à prendre, sans que cela soit arrêté, je tiens à le préciser. D’ailleurs, avec votre soutien, si vous me l’accordez, je vous invite à me joindre vos questions, objections et propositions afin d’appliquer à mon équipe les principes que j’ai défendus ici auprès de vous. Aussi, je conclurai sur cette dernière clarification : CONSCIENT que mon projet ne convaincra pas unanimement, qu’il nécessitera sans doute un effort important pour sortir des schémas classiques et que l’hésitation est pleinement légitime, ayez désormais à votre tour conscience qu’il existe d’autres voies viables et que plus le temps passe et plus le verrouillage s’opèrera. Donnons-nous le choix ! Derrière toute construction réside la main de l’homme. Je vous tends aujourd’hui la mienne pour redonner un souffle nouveau à notre pays, le revitaliser en offrant un horizon motivant à nos actions.

Avec mes sentiments les plus distingués et ma plus grande sincérité.

Nude Solaarr

panopticomm @ 21:31
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Le Candidat-Faune. 5- …Et le temps perdu se rattrape-t-il un jour?

Posté le Lundi 11 octobre 2010

Il parcourt des yeux une dernière fois la page recto-verso qu’il vient d’écrire. La qualité est moindre par rapport à Boris Vian et il n’est pas sûr d’avoir poussé assez l’absurde, d’avoir souligné assez les arguments, ni même de n’être pas passé à côté d’un argument complémentaire, mais il a pour excuse le peu de temps passé dessus et la force d’un premier jet, le bouclier de l’essai. 15h11. Ce petit délire improvisé lui aura quand même pris près d’une heure mais, au moins, ça l’aura détendu et amusé… puis il sait à présent la stupidité feinte de ce poncif. Il glisse la feuille en toute fin du dossier pour la ranger plus tard au fond d’un tiroir, certainement en se promettant d’y revenir un jour, tout en sachant qu’il ne le fera probablement jamais. Pourtant, il lui était arrivé de « retomber » sur d’anciens écrits. Sous son regard a posteriori, toujours sévère mais adouci par les années, certains lui avaient arraché un sourire presque paternel face à leur naïveté ou leur « facilité » ; d’autres semblaient promettre une faculté envisageable. Tous avaient posé les jalons de son écriture, tantôt dans une recherche de style, tantôt dans un amenuisement du côté laborieux de sa fabrication, tantôt en pari personnel visant à se rapprocher d’un modèle, tantôt en pleine expérimentation. Souvent, alors, il appréciait et se fatiguait tout à la fois de la densité de ses phrases. Il avait lu Kafka, Burroughs et Lovecraft postérieurement à beaucoup d’écrits mais il y retrouvait cette imbrication monstrueuse d’images, parfois recouverte de culture-confiture. Seul le travail lui avait permis de faire évoluer son « style». Il pourrait en être fier… il n’en éprouvait qu’agacement de son égo car Nude se souvient que rien ne fut facile à son goût : les études ne lui avaient pas posé de souci, mais il ne s’est jamais senti aucun « don » particulier en quelque domaine que ce soit. Et cette lacune le torturait doucement, lui qui avait toujours admiré ceux qui semblaient cultiver leur don. Il en était certes né la volonté de dépasser la moyenne, mais sans aucun espoir d’atteindre les « meilleurs »… d’où un manque d’assurance résiduel qu’il tente régulièrement d’étouffer sous une démarche « pro-active », comme on dit à l’heure actuelle pour englober en une expression l’initiative intentionnelle et l’action réalisatrice. Chaque succès est un réconfort, chaque échec, une trappe vers le doute… avant que l’analyse d’après-résultats n’affaiblisse le renforcement de confiance par le poids de la « chance » ou qu’elle ne fournisse pour le doute les cordes auxquelles se rattraper ou se pendre. « Le génie engendre, le talent accouche » avait écrit Jack Kerouac… Nude Solaarr n’était définitivement pas un génie, et son talent résultait d’une césarienne opérée avec une incision sanguinolente, et profonde dans sa cervelle. En tant que chirurgien en charge de cette opération, il en avait sué, à s’en faire piquer les yeux.

Plutôt bon élève au cœur de sa ZEP, bien avant d’entendre dans la bouche de Pierre Bourdieu les mots « reproduction sociale », Nude avait expérimenté ce concept in vivo et dès après l’obtention de son baccalauréat (il apprendrait plus tard la règle des « 80% au bac » et que la fierté à en tirer, en guise de son « bon » parcours scolaire, était toute relative), lorsqu’il suivit une classe préparatoire aux concours d’entrée pour les Instituts d’Etudes Politiques. Mis en présence d’étudiants sortis des lycées parisiens, il s’aperçut rapidement qu’il y avait du pain sur la planche et à recevoir en pleine gueule. Il connaissait à peine l’histoire du XXème qu’ils récitaient celle du siècle précédent. Il s’inspirait de « raps » conscients tandis qu’on lui parlait d’auteurs dont il n’était même pas sûr de l’orthographe nominale. Il pensait « timing » pour ne pas louper son train et ainsi ne pas allonger son temps de transport (35 minutes pour un direct contre 55 minutes pour un omnibus… sans compter, alors, l’attente de la correspondance) pendant qu’ils s’interrogeaient sur leur « plan » de la soirée. Pour Nude, cette soirée était déjà réglée : à peine le temps de manger avant que le programme télé du soir ne le distraie, puis il repartirait dans le bourrage de crâne jusqu’à Vigiles, et ainsi amputera sa nuit déjà raccourcie par une heure de lever à Prime, que la ponctualité aux cours de la matinée suivante et les horaires ferroviaires correspondants nécessitaient. Rien de mortel ! Juste une fatigue supplémentaire qui s’accumule, une inégalité des chances criante mais apparemment aphone. Mais, avec le recul, Nude pense que ce moment fut décisif dans ses combats : Culture dite « légitime » et cultures périphériques, questions relatives à l’éducation (transmission ou uni-formation sur fond de discriminations sociales (filières privilégiées, qualité des lieux d’éducation, provenance sociale des éduqués,…), programmes passéistes et revalorisation de la pédagogie-passion versus le remplissage de l’heure de cours par un contenu « obligé » et froid,…), forces relatives du mérite et de l’héritage en prenant en compte la ligne de départ et les efforts accomplis,… et il en passe pour éviter un inventaire à la Prévert. Et sur ce fond de déséquilibre « naturel », à l’aune de cette conscience sociale nouvelle que seule sa confrontation avec l’adversité à tendance hiérarchique avait révélé, et malgré l’effet dubitatif exercé sur sa foi en ses propres potentialités, il persévéra, regard sévère à l’égard de ses faiblesses, lacunes et ignorances. Alors il lut tout ce qui lui passait sous les yeux avant de comprendre que plus il creuserait, plus il s’apercevrait de la profondeur du puits qu’il explorait. Il en conclut que le bois du tonneau des Danaïdes a sûrement été débité sur l’arbre de la connaissance ! Heureusement, le vertige ne l’impressionnait pas et s’accepter ignorant ne le heurtait déjà plus, bien qu’il continue, encore  maintenant, à le vivre sur le mode du désagréable sentiment de bêtise suintant de tout son être. Et comme le costume de « victime » l’étriquait, il prit une décision qui, sans qu’il en eût l’intuition, affecterait sa vie sociale : il avait commencé par lire les « classiques », puis, s’étant rendu compte qu’hormis quelques citations personnelles, il n’en retirait pas plus que ce qu’un résumé thématique et des discussions pouvaient lui apporter, il adopta la posture de l’auditeur silencieux et pique-assiette lorsque ces classiques étaient abordés. Au fur et à mesure (car c’est le propre des classiques que d’être régulièrement énoncés), il pouvait donc soulever des contradictions entre deux avis entendus et ainsi participer prudemment à la discussion. Sa posture avait alors pris le pli de la discrétion, du retrait léger, du sérieux aussi (car il était toujours en études), à tel point qu’IL ne s’exprimait plus (trop conscient de son ignorance pour tomber dans un lieu commun erroné), ou alors que par citation. « Mais toi ? Que penses-tu ? » lui avait fait remarquer sa copine d’alors, excédée. Et en effet, il était conscient qu’il employait ce procédé avec une certaine lâcheté qui lui permettait de mettre dans la bouche des autres une question qu’il se posait. Puis se cacher derrière leur autorité conférait à sa parole une considération à laquelle, sans trop savoir pourquoi, il n’accédait jamais seul.

Bon ! Il n’obtint pas l’entrée à Science Po. mais en avait retiré une méthode de travail qui fit de l’université un fleuve tranquille. Il avait aussi nourri sa réflexion… et même si, en tout état de cause, sa culture autodidacte avait aussi laissé de vastes zones vierges, il avait au moins arrêté deux principes : 1. Prends ce qu’il y a à prendre -- 2. A défaut de connaître, pose des questions intelligentes ; Le tout s’asseyait sur un postulat inspiré du sage Brassens : la seule culture qui vaille est celle que l’on peut partager avec ses amis… Mais à quoi bon se rabâcher ce qu’il avait identifié depuis longtemps maintenant ? Combien de fois avait-il déjà passé en revue et étudier son parcours ? Et surtout, comment y était-il encore venu ? Il ne sait plus - cela lui importe peu. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il ne devrait pas perdre son temps dans ce genre d’égarements. Alors, pour aller rapidement au terme de ceux-ci, il se brusque : « OK, tu n’es pas talentueux. OK, tu as dû bosser peut-être plus que d’autres (en tout cas, pour rattraper un retard dont tu n’avais absolument pas conscience et que tu as donc accumulé). OK, tu manques de confiance en toi. So what ? Tu te lamentes ou tu t’amendes ? » Sa solution fut la seconde : préférant un « tu l’auras » à un « tiens »… -- Merde ! Voilà que je repars en vrille ! pense-t-il, en en déduisant qu’il va lui falloir faire un gros effort pour rester concentré cet après-midi. 15h14…

Il y avait des journées comme cela où rien ne nous motive moins que ce qu’on a à faire. C’est la raison pour laquelle il avait, plus tôt dans la journée, quitté son appartement, pour ne pas se laisser emporter par une mélodie ou dans la lecture d’un roman, pour ne pas être tenté par le web ou par une des conneries de la télé (encore plus présentes en après-midi. Ces programmes ne sont pas faits pour faire de l’audience mais pour occuper les heures, c’est même carrément de l’accompagnement en fin de vie : ça anesthésie les idées et euthanasie l’énergie), pour ne pas sombrer dans l’apostasie de sa combattivité. Alors, il avait pris une douche chaude, avait empilé les couches sur son corps séché, s’était attardé dans le doux frottement de sa brosse à dents à l’intérieur de sa cavité buccale, puis avec cet ersatz de fraîcheur, il prépara ses affaires comme le militaire vérifie son paquetage avant une mission, ramena le barda dans l’entrée où il enfila la couche finale : un long manteau, des mitaines et un bonnet, et reprit son équipement en refermant déjà sa porte. Le palier est un sas de contamination : à peine immergé dans sa bulle dont les néons jaunes ou jaunis, pour ceux qui s’allument encore, rendent l’ambiance blafarde et les faces des gens fatigués qu’on y croisera d’autant plus cadavériques, le bruit sourd nous assaille. Ici, résonnent, assourdis dans les étages inférieurs, des pas dans les escaliers, signes qu’il existe une autre existence que la sienne, qu’il va falloir se préparer à rencontrer des gens, peut-être même à leur répondre,… déjà, un sourire courtois sera une largesse aujourd’hui ! Pour ne pas être trop dispendieux en affabilité, il avait réglé le rythme de sa descente pour conserver une distance prudente avec son prédécesseur. Une chance que ça n’ait pas été un des petits vieux du bâtiment, car il aurait été alors obligé de le rattraper et, tout en en espérant le refus, de proposer son aide. La porte avait sifflé en s’ouvrant et se rabattait déjà violemment sur l’huisserie (le bras articulé du ralentisseur s’était dévissé du battant au bout de quelques semaines) tandis qu’il quittait le premier palier pour finir sa spirale vertigineuse de marches. Au bout du couloir sombre et messager thermique de l’ambiance gelée qui préside dehors, le grand carré vitreux de la partie supérieure de la porte était étoilé, non de givre, mais d’un impact qui en avait fendillé la surface. Cela lui permit de regarder en kaléidoscope la « vie de dehors » : des ombres fragmentées passaient rapidement, spectres encapuchonnés, de noir ou de couleurs sombres vêtus, anges de la mort glissant le long des trottoirs et des carcasses de tôle rangées les unes derrières les autres, le mur de l’immeuble de l’autre côté de cette rue de désolation n’en détonne pas, avec sa peinture d’un crème sale, imprégné des monoxydes de carbone en tout genre dégagés dans le quartier, noirci au fil des années polluées, avec les fissures de façade creusées en leur sillon par l’étoilement de la vitre et renforçant l’impression d’étiolement de la bâtisse dont la position et la hauteur assombrissent pour toujours la sortie de son logis. Il apparaît au travers de la surface vitreuse opaque de crasse comme un Goliath psychédélique, les serviettes séchant sur le rebord des fenêtres et les tapis pendus après leur dépoussiérage apportant leur touche de couleur inidentifiable. Découvrant un regain de décalage jubilatoire dans cette image de mort munie de sa feau mais habillée d’un T-shirt de hippie, il avait à son tour fait grincer la porte de l’immeuble et s’était mû jusqu’à ce bistrot. Et le voilà qui n’échappe pas à la diversion en dépit de tous ses efforts !

Il faut dire, à sa décharge, que tout était allé très vite. En fait, il n’était tout simplement pas préparé. Au départ, il s’agissait de « refaire le monde », comme il le faisait régulièrement avec ses proches ou même des inconnus dans une ivresse guillerette ou une révolte libérée comme par soupapes de sécurité : les sujets d’actualité s’enchaînaient et renouvelaient le plaisir de la discussion, les causes identifiées bégayaient et se précisaient. De fil en aiguille, d’échanges en échanges, il constatait que nombreuses étaient les fourmis du changement mais qu’elles avaient perdu de vue l’organisation qui ne rendrait pas vains leurs efforts. Peut-être est-ce ce qui arrive quand la fourmilière se mue dans un modèle de logements individuels ?… Alors avait émergé la farce d’un homme qui foutrait le bordel dans les petits jeux politiques habituels. Il ne se rappelait plus à quel moment cela était devenu « sérieux » : sûrement quand ces « petits jeux » ont cessé de l’amuser pour ne plus que l’agacer, peut-être au ressenti d’une morosité à peine trompée par la frivolité, peut-être quand tout s’est emballé, après qu’il a obtenu sa première signature en faveur de sa candidature à l’élection présidentielle de 2012, peut-être même en cet instant, alors qu’il se dit que la farce initiale peut devenir un coup de force…

Jusque-là, agissant en trublion, il n’avait jamais vraiment cru que ce qu’il faisait dépasserait la dimension de la plaisanterie fantaisiste. D’ailleurs, même la « lettre » qu’il avait envoyée aux « parrains » potentiels visait moins à attirer leur parrainage qu’à faire parler de la démarche et ainsi jouer avec les lumières pour les ramener vers les idées défendues. Ils, lui et quelques amis, trouvaient marrant de retourner le « buzz » contre lui-même en le créant autour de la défense d’une logique antagoniste. Comme il était au chômage, après quelques années de planning stratégique en agences de communication, il se convainquit que la blague pourrait même lui être utile si cela marchait et lui permettrait d’élargir son réseau… encore faudrait-il avoir ensuite l’envie de l’entretenir ! -- Bizarre comme sa nature plutôt sociable et enjouée devenait inhibée et sérieuse en certaines circonstances : dans un cocktail chic, dans un lieu festif de « rencontres professionnelles », dans une soirée de bourges,… en fait, toutes les fois qu’il fréquentait un lieu inhabituel pour lui et a fortiori quand ce dernier le renvoyait à une différence de cultures (de classe, de centres d’intérêt, d’objets d’amusement,…) ; Il y avait également les cas où il accostait une femme qui lui plaisait… piètre dragueur qui considère sa « proie » comme une personne et non pas comme juste un ensemble cul et seins, qui ne parvient pas à trouver l’équilibre en subtilité et rentre-dedans, qui prête trop attention à la façon dont ses propos peuvent être perçus par l’inconnue pour se lâcher et donc ne mène que des conversations trop plates pour intéresser… « Tu te prends trop la tête !» lui disait-on. Il le sait et suit ce conseil dès maintenant, donc ne se prend pas la tête sur ce fait et oublie. De toute manière, c’est pavlovien chez lui : il vomit les « faux rapports humains », ceux qui sont infestés d’intérêts et façonnés à la truelle de la superficialité à peine polie. Soit la personne se sert de vous pour se faire reluire, soit elle se sert de vous pour vous repasser, soit on attend de vous moins une réponse qu’une posture de spectateur admiratif de l’incarnation du rôle qui se joue devant vous (sans spectateurs, l’acteur n’est qu’un schizophrène soliloquant), soit on vous observe comme un portefeuille, cochant les « pour » et les « contre » en un temps court pour savoir s’il est intéressant de vous parler ou non. « JE VOUS EMMERDE ! Je m’en branle de tes simagrées, toi, l’actrice de seconde zone en manque de spectateurs ! Et toi, au nom de quoi oses-tu instaurer que je ne suis pas intéressant ? Crois-tu que ce que tu représentes me plaît ? Trou du cul égocentrique et mal essuyé (sinon, que foutrais-tu dans un lieu qu’un mec aussi peu digne d’attention que moi fréquente aussi ?) » Alors, pour ne pas tenter la bête qu’il muselait jusqu’alors et pour laisser ces tocards tranquilles dans leur petit monde, il avait pris soin d »éviter ce genre d’ambiances au maximum (charité bien ordonnée commence par soi-même). Et pourtant, il connaissait l’importance du « réseau ». Cette question le renvoyait inévitablement à sa recherche d’emploi : sans « piston », même les entretiens (surtout depuis que son code postal commençait pas 93) semblaient être une récompense miraculeuse. Ça l’agaçait. La moindre des choses, quand on poste une offre d’emploi, serait de convoquer les postulants et de les informer de l’évolution des candidatures (avec arguments en cas de refus) ; En lieu et place, le chômeur doit déjà se considérer chanceux de recevoir une lettre-type annonçant le rejet de sa candidature. Certes, pour un poste, le nombre de candidatures peut s’élever à plusieurs centaines, mais est-ce la faute des chercheurs d’emploi s’ils sont si nombreux ? S’ils cherchent à se reconvertir vers des domaines où ils sont moins spécialisés faute de « places » dans leur secteur originel ou par lassitude des logiques ingrates de ce dernier ? Déjà qu’ils sont prêts à accepter des salaires peu élevés (le prix du noviciat), ne méritent-ils pas un peu de considération ? Ou ne sont-ils déjà plus qu’une armée de mendiants, une négligeable chair-à-canon au regard des recruteurs? Le réseau permet de sortir de cette horde de zombies désincarnés. Le réseau… c’est aussi la raison d’être du parti politique. On ne vote pas pour un homme ou une femme mais pour les réseaux dont lui et ses idées bénéficient. -- Bref, à défaut de réseau, il avait du temps… à occuper utilement, si possible (mais au bout d’une cinquantaine d’envois de « CV + lettre de motivation » restés sans aucun écho de l’autre côté de la connexion, la lassitude et l’énervement amoindrissent l’exigence « d’utilité » de l’occupation, il faut le reconnaître). Alors il s’était attelé à la farce peut-être un peu plus qu’il n’aurait fallu, allant même jusqu’à fonder son association de droit privée investie d’un mandat particulier : concourir à l’expression du suffrage (ce qui empêche de facto tout monopole des partis politiques dans la participation aux élections), conformément à la Constitution de 1958. Cette association ne représentait rien, qu’un logo qui puisse donner l’impression de toute une organisation derrière sa candidature,bien qu’il n’en ait dans les textes pas l’obligation. Mais ça fait simplement plus sérieux et l’idée de jouer avec ces codes lui plaisait. Et donc, ce fut une lettre provenant d’une adresse e-mail « pro », avec en-tête contenant logo et lien internet, qu’il envoya aux « grands électeurs » auprès desquels il requérait un parrainage. Pour sa rédaction, il avait aussi vite abandonné l’idée d’un ton humoristique qu’il en avait eu l’envie initiale. En effet, Nude Solaarr et ses amis n’avaient aucunement eu le souhait de la bouffonnerie lourdaude et patente mais bien de se positionner en funambules sur le fil du canular « possible » du fake se parant des codes du réel (d’où les « petits détails » de la lettre et le refus d’un ton ludique). La démarche n’était pas si loin de l’escroquerie sans enjeux financiers et de l’extorsion de voix en fond.

panopticomm @ 18:42
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Le Candidat-Faune. 4- En mode divagation… Du temps perdu ?

Posté le Lundi 4 octobre 2010

Lors de ces élucubrations, les images se bousculaient et chahutaient Nude : d’abord, ce corps social ankylosé et pourrissant sous terre, déjà grignoté par les vers, sans que sa tête capitonnée, une raison gestionnaire, un calcul froid et sans sentiment, comprenne qu’elle est décapitée et qu’à ce titre, elle ne reçoit plus d’informations nerveuses, donc plus de sensations, plus de sensibilité - il imaginait donc cette tête monstrueuse posée à hauteur de sol, raide et droite sur son cou comme une pierre tombale, sans ne plus savoir si elle est séparée de son corps ou bien si ce dernier a simplement déjà les deux pieds dans la tombe. A la manière des amputés récents ou des êtres qui ont perdu quelqu’un de cher, chaque matin électoral, cette sorte de Moaï croit ressentir le(s) membre(s) manquant(s)… puis s’ensuit la désillusion, la réalité brute : tous ses espoirs, ses délibérations et ses cérébralités restent sans défense et aux prises des charognards ; Là, l’incapacité froisse son sentiment de « supériorité » (sur les autres espèces terrestres) en le désavouant. Regardez ! Lorsqu’une catastrophe naturelle est imminente, lorsque le danger rôde, les oiseaux migrent, les animaux quadrupèdes courent pour se mettre à l’abri, même la vermine fuit, mais l’humain, lui, se laisse surprendre et se cramponne à sa supériorité ou à son caméscope, de bien faibles supports quand une lame de fond, par exemple, vous surplombe… Mais le pauvre guignol se félicite encore d’être en haut de la chaîne alimentaire ou de la pyramide des espèces qu’il a lui-même conçue, et se conforte dans cette idée, notamment grâce à son environnement urbain, preuve rassurante de son impérialisme ; Supercherie : tout ici est totalement façonné et régi par et pour l’humain via la répartition de l’espace public entre types d’usagers (voitures, bus, deux-roues, piétons, handicapés,…), les lignes continues et discontinues, blanches ou jaunes, panneaux ronds, triangulaires, rectangulaires, carrés, bleus, blancs, rouges, noirs, verts, marrons, avec des tas de pictogrammes en silhouette ou en LED, elles-mêmes rouges, oranges ou vertes, rectangles blancs au sol pour clouter un passage, flèches allant dans toutes les directions, prouvant qu’on ne peut jamais se perdre (ce qui ne signifie pas que l’on trouvera forcément sa voie ou ce qu’on cherche, bizarrement), chiffres multiples tatouant tout le décor pour indiquer une ligne de bus, le numéro de l’axe routier, les limitations de vitesse ou de gabarits, les dates de naissance et de décès des personnages commémorés sur une plaque de rue portant leur nom, cette rue, elle-même tapissée de numéros d’adresse postale. Puis le marquage se poursuivait en sous-sol : numéro et couleur des lignes de métro, dont l’entrée est marquée en surface par le grand « M », jaune,  du métropolitain… jaune comme les lignes de stationnement tracées sur ses quais et aussi entourées de flèches pour compenser le manque de jugeote avéré des usagers. Tout, ici, est codifié, y compris ce qui n’est qu’accessoire, comme les supports publicitaires de toutes sortes, de tous tons : choquants, amusants, monotones, flashies, photoshoppés pour enjoliver la réalité, agrémentés de logos, dont certains se remarqueront certains sur les fringues portées par les silhouettes croisées en chemin, en même temps qu’on observera leur repassage, leur coordination, la façon dont elles les portent, la manière dont elles les utilisent pour se mettre en valeur (ou cacher leurs disgrâces), les courbes de cambrure, la largeur des épaules et leur tour de taille, l’allure, la couleur de peau, la taille pileuse, le maquillage qui peut donner une teinte de santé à ces têtes sans vitalité malgré leurs traits et les expressions qu’ils agencent,… Soit autant d’accueils dans notre « Logorama » quotidien qui déclenchera l’O.D. visuelle d’un monde… baroque ! Oui, vision partielle s’il en fut autrement par ailleurs, Nude retenait moins les effets dramatiques et la tension auxquels ce style irrégulier prétendait que la surcharge et la grandeur pompeuse et exagérée qui l’avaient toujours étouffé. Disons plus objectivement qu’il s’agit d’une esthétique dont la symbolique lui était demeurée étrangère, rendant cet art vain à ses yeux, voire néfaste quand on s’aperçoit que notre œil, sans conteste notre sens le plus sollicité, est gavé d’images qui s’impriment sur la rétine à plus de vingt-quatre images à la seconde. L’épilepsie convulsive qui en résulte, superposée à la matrice urbaine décrite, donne à cette tête sans corps la même nervosité que les poulets sans tête… mais pour encore combien de temps ?

L’œil est vif, inquiet, incontrôlable, mais oscille toujours entre deux positions : baisser le regard ou lever les yeux aux cieux. De plus en plus, face à tous ces codes originellement faits pour se diriger mais écœurants d’informations et de multitude, face aux immeubles à la hauteur écrasante, face aux soucis individuels et au stress général, face au temps qui court, les passants, occupés à passer entre les gouttes (pour l’excuse d’aujourd’hui), ont choisi de ne plus lever les yeux, de les orienter vers la terre que l’on ne voit plus sous sa couche asphalteuse si peu flatteuse pour la véritable nature de notre sol… Ainsi, prudents, ils évitent les ruisseaux de pisse qui serpentent en filets depuis l’angle formé par une gouttière et un mur jusqu’à aussi loin que la pente du trottoir le permet, les déjections canines et parfois humaines, de toute texture, molles ou dures, noires ou jaunâtres, de toutes tailles, écrasées ou bien amoncelées, sans compter les autres déjections sociales autrement nommés « marginaux », comme, par symbole visible, ce clochard qui s’installe sur une bouche d’aération de métro pour se réchauffer un peu ; Demande à la poussière !… Nous, nous focalisons sur notre montre et le temps qu’il nous faudra pour atteindre notre point d’arrivée. Nos GPS interne ou externe occulteront toute autre réflexion au cours du parcours mécanique. Il pourrait y avoir un cadavre gisant au sol que l’on l’enjamberait ou le contournerait comme n’importe quel autre obstacle, c’est-à-dire en le traitant de chieur, puisqu’il ralentit « tout le monde », et avant tout soi. Les alentours sont ignorés, l’espace vital de chacun préoccupe l’ensemble, individuellement, et jusque dans l’intimité des « couples ». Et pourtant… pas à un paradoxe près, les uns et les autres, comme Nude lui-même d’ailleurs, souhaitent être respectés, s’attirer de la considération, présenter de la prestance ou du moins un intérêt pour autrui, comme « avoir un avantage concurrentiel » pour se dés-anonymiser parmi la foule des communs. Videri ergo esse ! Etre vu donc être (ses notions latines remontent à loin remarque Nude, qui n’est pas vraiment certain de la justesse de son thème). On n’EST plus que de la manière dont on est vu. C’est le « paon-théisme » !  La croyance que le paon est tout, le paon, oui, le cousin du dindon, de la pintade, de la ‘caille et des coqs sauvages : que des animaux symboliquement nobles, en somme… Sur son corps dodu, ses ailes arrondies ne lui servent qu’en cas de danger. Animal phallocrate de parade, tournant sur lui-même pour faire admirer sa parure, pour séduire une femelle comme pour écarter ses rivaux avec sa queue en éventail. L’aigrette le surplombant, héraldique sur son crâne couronné, égrène frustration et aigreur en assaisonnements de l’indifférence qui lui est portée. Les ocelles en trompe-l’œil hypnotique, Narcisse pervers, il est symbole de la surveillance sournoise et du manque d’assurance : il ne regarde plus son image dans l’eau mais le reflet des autres (aussi têtes baissées sur cette étendue) pour savoir si et comment ils le mirent. Il n’existe que par orgueil et, à ce titre, fout la migraine à Charles Darwin. Comment un tel animal, très voyant, aux couleurs extravagantes, aux cris si aisément reconnaissables et perceptibles, et courant aussi lentement, existait-il encore ? La théorie du handicap de Zahavi a bien tenté de nous expliquer les signaux « honnêtes » (car coûteux pour le « signalant ») et dignes de confiance entre individus qui auraient tout intérêt au contraire à bluffer et se tromper entre eux… Un verbiage aussi fertile que s’il était freudien ; l’introduction de termes moraux comme l’honnêteté et la dignité de confiance dans une théorie évolutionniste (s’étendant à l’inter-espèce) impliquerait un canevas d’interprétations réciproques fixé donc un métalangage préalable. Bref, quelle que soit la façon de tourner et d’exprimer cette théorie, Nude le résumait en conneries charlatanistes qui n’ont qu’un intérêt: pouvoir donner un semblant de réponse à toute objection… Plus encore à présent que plus personne n’a le temps (et encore moins d’apprendre), iI faut avoir réponse à tout, tout de suite, et peu importe s’il s’agit d’affabulation, parce que le doute est banni en tant que signe d’ignorance. Les réponses doivent être immédiates mêmes fausses, car un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras » -- Putain ! Sa boule de flipper, telle qu’il nommait sa pensée, prenait décidément des trajectoires peu orthodoxes ! Comment peut-on passer d’une tête coupée à l’overdose et à la convulsion, à l’attitude vaincue, à la scatologie, à l’indifférence à la zoologie et à l’évolutionnisme pour finir sur un proverbe et des principes moraux ?

Ça l’amusait autant que ça l’inquiétait, retrouvant ainsi son âme d’enfant, un âge qui aime à se faire peur… C’est totalement absurde, enivrant, et pourtant logiquement lié (du moins dans son cerveau). Cela semblerait accréditer encore un peu plus les propos développés par Emile Durkheim dans Représentations individuelles et représentations collectives, lui semble-t-il : la pensée se nourrit des analogies et des associations d’idées. Et tant pis si cela paraît flou ou mal construit, car ces questions n’interviennent pas dans la spontanéité et l’inconscience de ses chemins. A l’étape du proverbe, Nude a d’ailleurs en tête une étude pataphysique du Bison Ravi sur l’aphorisme « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse ». Se souvenant de l’amusement que cette lecture avait engendré, Nude décide alors de délaisser momentanément sa réflexion à propos des professions de foi, par rapport auxquelles il était déjà loin de toute façon, pour imiter de manière ludique la démarche du jazzman. Dans une Lettre au Provéditeur-éditeur de la sagesse des nations d’un Collège où personne ne lui avait reconnu l’entrée, Nude Solaarr écrirait donc en ces termes :

Voilà, monsieur, j’ai suivi les cailloux d’un de vos émissionnaires dont la parole a raisonné au-delà de sa tombe en faisant vibrer quelques feuilles de papier qui se trouvaient, par le plus grand des hasards, imprimées. Convertueux de cette démonstration, je vous propose de la poursuivre par une deuxième persienne. J’offre donc à votre approbation un contrevent à claire-voie de lamelles inclinées qui permettra d’aérer ce vieux proverbe choisi en objet de cette communication, tout en réduisant la luminosité pour ne pas se laisser aveugler par la clarté des fausses évidences. Ainsi, je vise à rétablir la sagesse des nations que quelques siècles ont esquintée en en modifiant le sens de ses aphorismes.

UN TIENS VAUT MIEUX QUE DEUX TU L’AURAS

Tout d’abord, toute prise de parole doit se légitimer. Ici, la prise de position est courageuse : je m’attaque aux morts et risque de déclarer un clash outre-tombe. Mais, n’étant pas homme à me laisser intimider, avec votre renfort, j’assumerai complètement les conséquences de mes dires. Il ne s’agit pas de n’importe qui puisque je cible cet anobli de Jean dit de la Fontaine, un flatteur, un interprète libertin d’Esope, d’Ovide et de Corrozet. A ce dernier et à un siècle près, soit 3.155.760.000 minutes (à l’arrondi inférieur), en considérant une proportionnalité stricte entre années bissextiles et autres dans le cadre du calendrier grégorien, le fabuliste a réservé un bien triste sort. Et par là-même, il piquait nos nobles confrères et consœurs espagnols pour la sagesse desquels, en dépit de l’absence de lien qui m’unit à eux, j’ai quelques égards. Je leur rends donc l’hommage de la source : « Mieux vaut un prends que deux je te le donnerai », sagesse que le perruqué a truqué en sentence d’une fable qui, apparemment, ne méritait pas de meilleur titre que « Le Petit Poisson et le Pêcheur.» J’y reviendrai.

A présent que mes intentions sont posées, entamons, si vous le voulez bien, avec autant de rigueur que le gémeau de Vernon Sullivan, ce proverbe. Pour se faire, j’ai choisi non pas de calquer mon plan sur ce dernier mais de l’établir sur l’ordre d’importance de chacun des mots composants cet aphorisme, du moins significatif au plus significatif. En guise de justification, car toute démarche scientifique doit partir d’une hypothèse « raison-hâble » (donc avec une exagération de raison), j’affirmerais simplement que l’objet de notre étude, fondé sur la compas-raison, nous l’indique : renvoyant les termes l’un à l’autre par une dissymétrie centrale que le mélioratif posé opère, il eût été incongru et totalement absurde, ce qui n’est pas de notre caractère, n’est-il pas ?, d’isoler ces termes. Raisons données, entrons dans le mors du sujet afin de la diriger.

1. VAUT

Il pourrait vous paraître étonnant de commencer par le verbe. Mais n’est-il pas dit dans un pavé que je n’ai jamais pu lire qu’en m’endormant qu’au commencement était le Verbe ? Du moins, j’en arguerai pour légitimer mon entrée en matière. De plus, le verbe étant le pivot de la phrase, ceci nous permettra de planter la pointe de la compas-raison. Ce verbe est donc la forme présente de « valoir » dont est issu le substantif « valeur ». (Il est à cet égard amusant de constater capillotractement que ce qui va « loir » à l’infini-tif -- temps qui convient à ce graphiure par ses hibernations réputées -- va « leurre » ou « leur » sous sa forme nominale… prouvant par là que le monde appartient à celui qui se lève tôt, argueront certains. Mais refermons la part-en-thèse !) C’est fait. Quelles sont donc les valeurs du présent de l’indicatif ? La narration, l’énonciation et la vérité générale. Sans conteste, dans le cadre de son utilisation de monsieur de La Fontaine (sans préciser de laquelle d’ailleurs) et, par suite, comme proverbe, la vérité générale est ici prononcée… du moins voudrait-on nous le faire croire.

Pourtant, cette vérité est-elle générale ? Outre le fait qu’il soit rare que la vérité atteigne les hauts grades de l’armée, déjà parce qu’elle est féminine et parce que ceci semble venir en contre-pied de la grande muette (caricature que je réfute, vous vous en doutez), il convient de prendre ici en compte la polie-sémie (adoucissante) du verbe à laquelle elle s’applique : songeons qu’actuellement, il ne s’agit plus que d’évaluation et de recherche d’équivalence (oui, j’en conviens, tous ces mots puisant dans la même racine étymologique, la réflexion semble bien immobile mais avez-vous déjà vu une racine se mouvoir ? Donc ne me reprochez pas, s’il vous plait, ce qui est de l’ordre de la nature et donc me comprend et me dépasse). Pour ne pas piétiner, disons que quelque chose qui vaut quelque chose se place sous le sceau d’une perception fluctuante en fonction d’un contexte. Certes, l’exemple est certainement mal choisi puisqu’en l’occurrence c’est une tautologie qui ne souffre aucune relativité, mais ceci nous  amène au cœur de la question et de l’accusation que je portais plus haut à la mal-adresse du moraliste. Peut-être qu’on nous objectera qu’à son époque, une opinion pouvait « valoir le cou », et que ça ne guillotinait pas dans le vide. En effet, cela aidera à comprendre sa poltronnerie, mais ne l’en dégage pas. Que lui vaut un tel sobriquet de pleutre ? Sa prudence à peine avouée, sa parole mitigée, sa prise position ferme… seulement en apparence. En effet, établir une comparaison via un mélioratif s’inscrit parfaitement dans cette attitude peu noble, ce qui est un comble lorsqu’on se permet d’énoncer un jugement de valeurs… Car, s’il vaut mieux une chose plutôt qu’une autre, cela implique que l’une et l’autre ne sont pas dénuées de valeur mais que la préférence va, dans une balance dont on connaît peu ou prou la tare de dosage, à l’un des plateaux. Or, sa sentence nous laisse croire le contraire. Si, encore, il avait utilisé le conditionnel, cela aurait été moins définitif : mieux vaudrait X que Z (ce qui ne remettait pas la rime en cause mais avait l’honnêteté de la soumettre à contexte). Non, en lieu et place, l’homme de cour, qui n’était pas un idiot, n’agit pas sur un coup de tête, si je puis dire, et reste dans les coulisses sans jamais aller côté jardin, il a-scène son ethnocentrisme de classe sans aucune précaution (autre que de ne pas froisser le prince… bien sûr). Ah le vil chenapan qui corrompt la sagesse des Nations ! Son mieux est mielleux, établit un milieu par rapport il se tient à l’écart tout en le plaçant…

Enfin, permettez-moi de souligner la phonétique de ce verbe ainsi conjugué ! S’agissant d’un désir ou d’un souhait comportemental (ou même d’un ordre puisqu’il vise la généralité), le subjonctif (qui rend plus honneur à la subjectivité) ne semble pas avoir été envisagé. Pourquoi ? Car « valoir » se mue en « vaille » et fait penser à la vaillance… Au contraire, le temps employé, tendant à l’atemporalité, évoque l’idée de « veaux » qu’il conduit par sa formule. Vacher ! Policier de la morale ! Voilà le motif de notre courroux. Mais je sais que je quitte ici les sentiers de la démonstration pour aborder de la démons-station. Pourtant, reconnaissez que Vian lui-même avait fait le détour par le taureau et la vache qui va à lui et en revient pleine. Donc, souffrez cette prise de position en marque de filiation, je vous prie.

2. UN… ET DEUX (ni trois, ni zéro)

En ce sens filial, analysons à présent ce début de proverbe : « Un ». L’article indéfini présente l’avantage de renforcer le flou dans une valse hésitation entre valeur générale ce qu’il précède et unité mathématique. Pour notre part, nous préférons le jazz et sa liberté décidée mais ne laissons pas nos goûts musicaux mener la danse et revenons aux ronds de jambe brouillons de notre ôdeur au Roi. La machine, efficace, se met en action dès le premier mot, la confusion s’installe, l’approximation se met en branle pour mieux encore supplanter la sagesse des Nations. Alors, comment un tel fouillis a-t-il pu s’attirer les faveurs d’un aphorisme ? Par un procédé habile, car nous le répétons, le perruqué est malin comme un diablotin.

D’abord, ce dernier se saisit de notre bon sens mathématique : « Un » vaudrait mieux que « deux », « un » serait plus valeureux que « deux », « un » serait donc plus grand que « deux ». A l’écoute de cette affirmation qui va à l’encontre de l’ordre usuel (« 1 + 1 = 2 »), l’auditeur -- qui connaît le penchant précautionneux de l’auteur -- se raidira spontanément et se persuadera d’une symbolique justificatrice si haute qu’elle s’extrait des règles bassement comptables de notre monde. Il fera par lui-même la recherche de vérité que le poète, avec son poil dans la main, a certainement été gêné d’écrire. De plus, si l’idée de l’addition prime, est-il besoin de rappeler que, pour qu’il y ait addition, il faut que les deux termes soient similaires ? 1 pomme de terre + 1 carotte font deux légumes mais toujours une unité de chaque et une excellente purée si on les écrase ensemble (mais peut-être m’égare-je -- rien avoir avec la place de garde, en germanique : Wardja… comprendra le Val-d’Oisien). Puisque le résultat attendu n’est pas celui prescrit par le fabuliste, nous devons donc rechercher pour le moment une autre logique que celle mathématique (comprenant de fait la suite).

Dans cette perspective, et dans un deuxième temps (prouvant à la fois qu’il n’arrive qu’après un premier, même si celui-ci n’a pas été énoncé, et que l’un n’existerait pas sans l’autre, l’un étant le « deux » et l’autre, l’« un » -- cette formule ne visant qu’à complexifier inutilement le propos et à perdre le lecteur), nous avons approfondi la logique créatrice, dite de l’ « un-spiration ». Bien entendu, nous ne sommes plus assez naïf pour ne pas nous rendre compte des faux-semblants qu’elle recouvre : toute création est le fruit, par transformation, réaction ou métissage, d’un héritage. Pourtant, cet éclairage tamisé illumine la notion d’antérareté (soit antériorité, soit rareté) qui, elle-même, vient couronner parfois un long processus d’antério-ratés… mais passons. Ce qui fait la valeur de ce « un » est alors son unicité ou la surprise suscitée ; A contrario, le « deux » ne sera plus que pâle copie de l’original, formule rééditée. Dans ce cas, à objet comparable, le « un » est bien supérieur au « deux ». Serait-ce ici l’élucidation du mystère posé par le poète-pouêt? Assurément, non, car nous avons bien pris soin de notre santé mentale, merci, mais surtout de préciser que ce postulat ne se valide qu’à objet comparable. Or, et ceci nous amène à la suite (non mathématique).

3. TIENS, TU L’AURAS, en lieu et place de PRENDS, JE TE LE DONNERAI

Nous voici donc dans la définition de la nature du « un » et du « deux ». Incomparables, comme nous venons de le mettre en lumière, le premier est, selon les règles du perruqué, préférable au second. Ah bon ? Nous sommes en plein paradoxe… et celui-ci est spatio-temporel.

a-  « Tiens ! » implique tout d’abord qu’on vous le/la tend. Nous ne savons pas quoi mais on vous engage à tenir l’injonction, à tenir bon, même. La forme est impérative, sinon, comment expliquer ce « s » final ? Un « tien » aurait déjà mieux défini l’objet par notre appartenance. Mais là, le flou s’entretien. Imaginons donc que l’objet soit assez léger et manipulable pour que la transaction puisse se faire en relais, de main à main. Quelle est le cadre de cette transaction ? Est-on investi dans une relation de débiteur/créancier, de donateur/héritier, de vendeur/acheteur ? La nature de « ce qui change de main » en est affectée inévitablement et nos rapports également. Par exemple, s’il n’est pas poli de rappeler un service promis, il ne l’est pas plus de refuser un don ou de le hâter. Le moraliste ferait-il entorse aux bonnes mœurs ? Si tel est le cas, à qui peut-on se fier ? Je vous le demande.

Et puis, je m’insurge : Qui ose me tutoyer ainsi ? C’est que je dois le connaître. Et si je le connais, je sais quelle patience je peux lui accorder : les rumeurs, le passif, ses habitudes m’aident en ce sens. Selon qu’il est avare ou régulier, je saurai donc s’il faut profiter de sa générosité du moment (par rareté) ou s’il faut que je lui laisse un peu plus de temps (par confiance). Ainsi, la question consistant à savoir si un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ne se pose pas. Admettons alors, par convention, que nous soyons en quelque lieu de franche camaraderie ou le vouvoiement n’a plus « cour » et que je ne connaisse pas bien mon interlocuteur.

b- « Prends ». Avec l’emploi de ce verbe originel, même si l’on continue à me tutoyer, la symbolique est tout autre. En effet, la prise peut se penser sauvage ou violente, à l’inverse de l’agrément soutenu (en dépit de cette familiarité déjà soulignée) du changement de main d’un « tiens ! ». Aucune autorisation n’est demandée alors, aucune dépendance n’est soufflée. Ici, le sens est à l’action, voulue, décidée, animée pas une volonté unilatérale. Vous reconnaîtrez que le verbe est beaucoup plus subversif et méritoire.

c- « Tu l’auras ». Voici la nature du second terme, celui qui vaudrait moins que le « tiens » déjà étudié. D’abord, je ne suis pas certain que tenir quelque chose (d’indéfini, rappelons-le) soit plus appréciable que la perspective de l’avoir. Je veux dire que le plaisir de posséder peut très bien se passer de la manie de toucher et tenir : par simple admiration, par évocations attachées ou pour avoir le temps de l’observer. Cette réduction insidieusement posée nous amène au cœur de la morale bourgeoise : on nous demande de choisir entre le présent et le futur, entre le palpable et l’esthétique de l’espoir, entre l’immédiate réalité et l’incertitude repoussée. Du moins, c’est en ce sens que le fabulateur nous entraîne par sa phrase finale : « L’un est sûr, l’autre ne l’est pas ». A ce niveau, il n’est rendu hommage qu’à la subtilité de la conjugaison. Par lapalissade, le futur est incertain puisqu’en devenir ; Infini et pressé aux flancs par le pointes des lances du présent, le futur se blesse de n’avoir pas été assez prompt à s’éloigner et se laisse abandonner dans l’oubli et l’échec refoulé quand le présent ne le discerne plus. Certes, il n’est pas enviable de voir les engagements d’autrui non-tenus ou prendre tout leur temps pour s’accomplir : Cela provoque toujours quelques démangeaisons d’inquiétude, justement, et les agitations fiévreuses de la personne abattue par son impatience… mais, pour mettre fin à cette description symptomatique de la trahison et revenir à nos moutons qui, je l’espère, vous aident plus à sauter en l’air qu’à vous endormir, je me permettrais donc de faire remarquer que s’il s’agit d’une promesse de service ou de don, il n’y a aucun mérite ni travail préalable en jeu, donc la patience ne devrait pas être trop abimée. En revanche, s’il s’agit d’un dû, alors la meilleure sagesse consistera à arguer que « chose promise, chose due » (Voilà un proverbe clair, symétrique, chronologique, valeureux ! C’est autre chose qu’une pseudo-alternative dont la base, affectée d’un coefficient de proportionnalité, se perd dans l’espace-temps…) Tout le sujet est là : la patience. Elle intègre le moment. Et dans ce cadre, un « tu l’auras » se transformant à l’avenir en « tiens » pourrait bien mieux dépasser un « tiens » immédiat en sa force de récompense victorieuse d’une patience titillée mais qui n’a pas failli. Mais passons sur le rôle de la frustration qui n’est plus d’actualité à l’heure d’Internet et qui est presque devenue un tabou dans la société de consommation pour alerter que ce qui est au cœur de la question, bien entendu : la promesse et la valeur qu’on lui accorde.

d- « Je te le donnerai » au futur aussi est, à l’inverse de « tu l’auras », beaucoup plus rassurant car plus précis : la scène, visualisable, est envisageable. Celui qui prononce ces mots ne se déresponsabilise pas, il donne déjà quelque chose : sa promesse et l’image de sa réalisation. Le délai demandé n’est pas esquive mais esquisse ! En d’autres termes, nous sommes loin du « donnes et tu recevras » biblique (un peu flou quant au terme du retour sur investissement -- il faudra un jour le retravailler…). Et c’est cette phrase que tourne en dérision le libertin, sous ses airs bonhommes. Il nous dit qu’il préfère indubitablement l’hédonisme de sa vie d’alors à la paix éternelle, mais incertaine, d’une bonne âme. Et pour se justifier, il se permet de fourvoyer ainsi la prudence populaire qui ne s’occupe par sagesse et manque de temps (dans cet ordre) que de ses affaires. Comprenez alors mes attaques introductives à son encontre !

4. Pour une réhabilitation de l’aphorisme ibérique

La discussion est longue, cher lecteur, et le contexte et l’auteur n’y sont pas étrangers. La formule, quant à elle, se lapide en quelques mots. D’ailleurs, aurait-ce été vraisemblable qu’un pêcheur ou un petit poisson échangeassent et phiglosophassent assez longtemps sur ce sujet sans que le premier se noie ou que le second s’assèche ? Vraisemblablement, la question aurait connu des interludes qui auraient rompu la fluidité de la discussion. Admettons donc qu’il n’y ait derrière cette synthèse proverbiale qu’un souci de réalisme ! Je n’en porterai pas grief à ce Jean du geyser, sous pression. Mais la question se pose : Qui était donc cet habitué de cour pour jauger puis juger la question ? Il aurait pu tout aussi bien affirmer le contraire avec le même ton sentencieux, j’en suis sûr (d’ailleurs, l’exégèse de ses fables prouve de temps en temps quelques oppositions de morale… ce qui atteste de la fluctuante intégrité du messire). Comme l’opportuniste, il retourne sa veste toujours du « bon » côté, celui qui lui confèrera la plus grande protection… comme n’importe quel poltron.

Mais même alors, il ne semble pas avoir pensé à quelques cas pourtant fort courants. Par exemple, croyez-vous que le gamin qui vient de recevoir sa fessée assortie d’un « Tiens ! Tu ne l’as pas volée ta volée » n’aurait pas préféré entendre la menace d’une sanction future qui peut se faire oublier ? Ethnocentrique, il n’a pensé qu’au rentier au côté duquel se trouve l’autorité, au gentilhomme doté et non à l’enfant du peuple. Père-vers indigne !

Humblement, donc, cher provéditeur-éditeur de la sagesse des nations, je fais appel à votre aura pour créer une nouvelle chaire prenant expertise du détournement de la sagesse des nations. Je sais qu’un papier, aussi éloquent soit-il, est un papier de trop, alors je ne vous adresserai pas cette missive. Vous ne saurez donc pas que je concluais sur une nouvelle interprétation parant la lapalissade de la fable. Songez !  « Un prends vaut mieux que deux je te donnerai » met en valeur le mérite personnel et le fait que nous ne soyons jamais mieux servi que par nous-mêmes (ce qui est contestable d’après mon expérience en certains lieux… mais ceci sera un autre chapitre). Etre le moins dépendant possible, voilà la clé de la sagesse : ni d’un autre, ni de l’incertitude du temps. C’est la liberté qui est chantée ! Cette chaire, prenant pour visée ce principe, dénoncerait donc le terrorisme opéré et passé sous silence dans une totale incompréhension jusqu’à nos jours, laissant à la postérité, comme une traînée de poudre, un canevas humaniste et temporel malsain. Ainsi, cet aphorisme passé dans le langage courant est un cheval de Troie pour mieux spolier le peuple de ses propres armes : le scélérat nous raconte qu’il vaut mieux opter pour la certitude immédiate sous des dehors d’avertissement cynique contre la cupidité (celle du joueur qui souhaite doubler sa mise, en l’espèce), tandis qu’il clame la propriété (à laquelle le capitalisme a depuis préféré l’immatériel et le spéculatif et a su apaiser le stress engendré par l’incertitude du « tu l’auras » par les intérêts de retard), tandis qu’il met, peut-être volontairement, sur la mauvaise voie ses destinataires (se rendant coupable de crime de lèse-sagesse) et tandis qu’il installe un climat de méfiance normée. A la rigueur, qui nous oblige à croire que le « tiens » n’est pas acompte qui viendrait renforcer le « tu auras » ? Pourquoi ce choix exclusif sinon servir les intérêts des seigneurs : diviser pour mieux régner. Où est la force de la répétition de la promesse ? Combien de « tu l’auras » aurait-il fallu pour équilibrer la balance ? Trois auraient-ils été suffisants ? Quelle est la valeur de la parole ? La relation visée fait-elle fi de toute autre dimension que le changement de mains, pour le coup, décharnées ? La morale du petit poisson et du pêcheur, qui plus est désormais dissociée de cette fable, fait prédominer le « capital » disponible sur les valeurs humaines et empoisonne depuis trop longtemps la sagesse populaire, par petites doses. « Un tu l’auras vaut autant que deux tiens dès lors qu’il est respecté » car, au-delà du changement de main, il y a un échange supérieur de confiance, de patience conciliante et de reconnaissance.

Répétons-le : L’être humain ramolli qui ne se saisit que ce qu’on lui donne sans l’énergie de « prendre » est aussi servile et pitoyable que l’homme riche sans homme de confiance. Ce sont deux tours d’ivoire dont les fondations résident sur un moral déclinant. Au contraire, celui toujours prêt à « prendre » reste en action, ouvert sur son environnement et maintenu par le possible don (de confiance) d’autrui. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » n’est pas une règle mais du terrorisme d’état moral, un attentat à la solidarité des nations. Cette expression n’a jamais été une règle à se fixer… Mais voilà que je repars et radote, sans que vous ne fassiez rien pour m’en empêcher, ce à quoi je me soumets avec complicité aisée.

Votre obéissant serviteur.

P.S. : J’aime bien lire Jean de la Fontaine et ne lui porte aucune animosité.

panopticomm @ 17:38
Enregistré dans Le Candidat-Faune
Le Candidat-Faune. 3- Slogans et poncifs, pour aller toujours plus vite.

Posté le Lundi 27 septembre 2010

Rebaissant les yeux vers les dernières notes de sa feuille, pour reprendre le cours de son étude, Nude synthétise ses derniers constats au sujet des professions de foi pour mieux se positionner : privilégiant les valeurs directrices et socialement centrales, il devra surtout donner une perspective à ses concitoyens qui puisse motiver l’activation de ces valeurs, qui puisse les recharger en temps de doute, qui puisse enfin puiser sa force dans un destin commun à nouveau envisageable. Il devra être précis sur don utopie politique : montrer l’isthme qui y conduit et que les commentateurs en tout genre transformeront en « -isme » si bon leur chante. Il présentait son plan comme une utopie car la projection est le seul moyen d’inventer, de créer, de se transformer. Un jour, un rêve nous séduit, s’intègre à notre mémoire, devient zone grise, fantasme prégnant, et finalement orientation de nos actions. C’est de cette aspiration dont ses concitoyens ont besoin, d’après lui. Et cette aspiration doit être partagée, peut être indiquée mais en aucun cas dictée, ressentie et non pas simplement formulée, doit pouvoir séduire un grand nombre, non par démagogie mais par intérêt public évident aux yeux de tous. Il se passera de la « lettre aux électeurs » dont l’efficacité de persuasion est contestable et évitera l’énumération toujours un peu magique car de nature superficielle des « solutions » proposées. Au passage, même s’il n’en conçoit même pas la possibilité, il précise son refus des pavés testimoniaux kitchissimes (car indissociables des pratiques du télé-achat dans sa tête). Au final, le point le plus délicat, pour lui, consistera à attirer vers lui l’éclairage. Il note en marge de ce qu’il avait écrit : « originalité non disruptive ». Il verra ce qu’il en fera plus tard mais il lui faudra garder en tête le besoin de reconnaissance par les médias, mais sans s’enliser dans les travers actuels dit « nécessaires » pour y parvenir. Rude défi en perspective !

Il reste de plus un dernier point qui n’est pas tranché pour cette profession de foi : le fameux « slogan ». Marque au fer rouge de la communication sur la politique, celui-ci s’inspire de la logique de l’accroche publicitaire. Il y a cinq ans, le chœur politique avait entonné avec cacophonie son « tube » du printemps. Le doyen avait ouvert le bal avec sa voix de ténor autoritaire :

- Faites-moi confiance pour incarner le Peuple…

- … fier d’être Français, s’infiltrait le second, avec une voix de castrat malveillant,

Alors que l’ancien finissait, plus puissant :

- … Et l’Etat !

- La France…, répliquèrent, ensemble, l’alto et la mezzo-soprano en présence.

Pressés de se positionner, ils avaient loupé leur entrée.

- La France Présidente ! reprit vigoureusement la mezzo-soprano en prenant sa galanterie.

Tandis que l’alto, encore troublé de leur synchronisme initial, précisait plus qu’il ne s’opposait :

- La France de toutes nos forces !

- Le changement…, conclut doucereusement la mezzo-soprano « monte-aigu » qui faisait déjà de l’œil à ce « gars-plus-laid », avec lequel elle échangera plus tard sur des alliances.

- … Un autre avenir est possible ! assena alors un baryton déterminé et moustachu qui redonna à la même idée de changement un ton bien plus combattif.

Cela déclencha des salves de revendications appuyées:

- La révolution écologique ! proposait alors un contralto.

- La ruralité d’abord, bougonna une basse à peine audible qui pensait saisir ici sa seule occasion de s’exprimer.

- Nos vies valent plus que leurs profits ! en profita le sopraniste d’une pique très rapide qui paraissait un peu hors-cadre du coup.

Dans cet emballement, une basse apaisante déclama pour mettre tout le monde d’accord :

- Ensemble, tout devient possible.

Et alors que l’on pensait le message confus mais clos, deux sopranos qui semblaient n’avoir eu jusqu’à présent l’opportunité de se placer nous donnèrent la clé de l’élection :

- Votez Arlette Laguiller, lapidait la première

- Je vote Marie-Georges Buffet, confirmait la seconde avec la même évidence.

Renvoyés de l’un à l’autre, les spectateurs du chorus avaient assisté à un mix plus rapide qu’aucun pass-pass des Championnats du monde DMC, comme s’il eut fallu vite remplacer dans la mémoire des auditeurs la phrase précédente par une nouvelle qui n’en amenait qu’une autre… au point que certaines voix semblaient presque s’intercaler en messages subliminaux. Le chorus collectif nous avait donc livré ce texte : « Faites moi confiance pour incarner le peuple fier d’être Français et l’Etat pour que la France, celle de toutes nos forces, tendues vers le changement, soit Présidente ! [Je veux croire qu']un autre avenir est possible. [Que vous pensiez que] la révolution écologique est la solution, [que] la ruralité prime, [que] nos vies valent plus que leur profit, ensemble, tout est possible !… Votez Arlette, je vote Marie-Georges.» Malgré une fin digne d’un dialogue à la Ionesco, dans ce capharnaüm unitaire, tout l’échiquier politique était résumé : prétendus rois (personnification), fous avérés (alter-monde humaniste ou green-washé), tours indétrônables (patriotisme et terroir), cavaliers par attitude et déplacement coudé (qui ne croient qu’à l’effort et au mérite), pions en pagaille (empiétant sur la trajectoire des autres pièces) et LA dame, celle qui joue le plus de ses attributs féminins en tout cas (démocratie participative). Chacun tient son concept mais au vu des résultats, ceux préférés par les électeurs sont ceux pointant une méthode : conséquence de la culture du résultat et de la productivité vissée à coups de tourne-stress dans le crâne des salariés ? En tout cas, les concitoyens semblent désirer maintenant (inconsciemment peut-être) un plan d’action, avec étapes à court ou moyen terme pour évaluer l’action, sans pour autant savoir précisément où cela les mènera. Puis les petites agitations conjoncturelles occuperont les espaces médiatico-poliques et donneront l’illusion que l’immobilisme n’est pas de mise, alors que la seule évolution palpable, c’est l’extension de l’esclavage moderne à 9/10ème de la population, selon les indices Bukowski. Celui qui avait été élu était un cavalier. Il avait accomplit une fourchette qui se formulait ainsi : « Ensemble, tout devient possible.» De quel « ensemble » mathématique parle-t-il ? « Tout » n’est-il pas le pire comme le meilleur ? « Devenir », oui, mais dans combien de temps ? Enfin, comme « impossible n’est pas Français » (n’est-ce pas ?), chaque auditeur y entendra ce qu’il voudra ; L’histoire en validera l’interprétation véritable. Sur le fond, tout ceci n’était que poncif : « L’union fait la force » ! Et c’est avec un si vieux principe qu’on avait élu le Président actuel, celui de la rupture ! Mais la forme a fait la différence, comme trop souvent : plus on était flou, plus on pouvait facilement phagocyter les aspirations diverses. C’est triste mais simple.

A contrario, l’absence de slogan conduit à une image brute et sans rêve. S’il est une chose lue, ce ne sera pas  la profession de foi mais bien cette phrase mémorisable au flou interprétable. Donc, pour entrer dans la mêlée et trouver sa place dans l’orchestration quinquennale, Nude Solaarr sait désormais qu’il ne pourra en aucun cas y déroger. Le cynisme l’enveloppe et lui laisse un goût amer que le café qu’il commande (enfin) au cafetier adoucira. Probablement un peu rancunier, surement inquiet de la longévité annoncée de la présence de ce client qui, au moins, est discret, le cafetier ne lui décoche pas la moindre esquisse de sourire, son regard est neutre, sa présence déjà attirée à d’autres tâches. Nude a l’impression de n’être pour lui plus qu’une vague silhouette, qu’un halo de lumière négligeable (puisque celui-ci s’intensifie et se colore avec le pouvoir d’achat), qu’un meuble qu’il faudra bouger… à l’occasion. Il s’en chargera en temps voulu. Pour le moment, à 13h51, il garde en mémoire le dilemme du slogan qu’il devra surmonter lorsqu’il aura mis en forme le corps de sa profession de foi. Et le cahier des charges de ce qui fonctionne est maintenant assez précis : un A3 plié en deux. Sur la première des pages, le slogan, son nom, un lien internet et un visuel. A l’intérieur, quatre pavés de textes dédiés à la politique intérieure. Disposés sur deux colonnes chacun, chaque pavé comprendra un extrait choisi en guise de synthèse ou de phrase forte et qui sera mis en exergue par une typographie agrandie et colorée. Pour le contenu : constat, grille d’analyse, valeurs et directions que l’on défend et représente, soit trois idées fortes, trois fois rien pour mener un pays, en fait. Mais, plus, c’est tellement assommant : on se perd dans la profusion et perd en clarté. La quatrième de couverture servira à deux idées générales de « grands projets » hors gestion quotidienne du pays.

Nude se fait la réflexion qu’il s’agit finalement d’un plan très scolaire, sans grande imagination,  tel qu’on les fabrique dans les Instituts d’Etudes Politiques : peu importe le contenu, il faut deux idées fortes par partie et une progression dans les nuances plus ou moins de bonne foi pour déboucher sur une bottée en touche avec une question ouverture vers une autre discussion. Un peu caricatural… mais bon ! Faute avouée est à moitié pardonnée, non ? Il regarde autour de lui. La population a changé. Les « apérisiens » ont laissé la place aux « digestionnaires » repus et à ceux qui s’enfilent leur perfusion de caféine avant d’« y retourner ». Quelques rendez-vous commerciaux s’attablent, déjà dans leur rôle ou au stade du maquillage pour ceux qui attendent leur interlocuteur. Chacun joue au busy man : ils tripotent leur portable de poche nerveusement, tapotant sur l’écran digital pour répondre en quelques mots lapidaires à un courriel en attente, pour se rappeler leur agenda, pour vérifier les cours de la bourse, pour faire leur calcul de commission suite aux ventes (potentielles) de la matinée ou même pour jouer sur quelque application téléchargée. Qui peut bien le savoir ? L’important, c’est de paraître occupé. Par comparaison, Nude se dit qu’il doit avoir l’air d’un oisif, d’un écrivain décontenancé ou d’un intellectuel désœuvré à observer ainsi son environnement. En réalité, ces yeux focalisés sur de petits écrans comme la tête baissée de ce quinquagénaire accoudé au comptoir et plongé dans la contemplation de la mousse crémeuse flottant sur son café lui rappellent en cet instant que quantité de choses sont bien plus attractives que les professions de foi… d’autant plus quand on part du postulat que ce ne sont que des foutaises. Il suppose que parler de la dernière vidéo virale est socialement plus rentable que de se positionner politiquement (c’est-à-dire moins ennuyeux, moins risqué -- des fois que cela provoquerait un réel échange de points de vue -- et plus reluisant, plus « in »). Lui-même, entre une succession d’arguments prémâchés et un bon roman ou une poésie, n’hésite pas. En fait, ces professions de foi ne lui avaient jamais servi qu’à une vérification de dernière minute sur son choix dominical. Ses critères étaient toujours les mêmes : adéquation des valeurs mises en valeur avec les siennes, méfiance du double discours et des conséquences (inexprimées) des « belles idées », réalisme et pédagogie des propositions. Plus aucune passion !

Depuis la fin de ses études universitaires, son engagement militant n’avait cessé de s’éroder : classe politique perdant de sa superbe ? Confrontation avec les réalités du monde de l’entreprise et du marché de l’inactivité qui l’avait depuis happé ? Usure face aux comportements généralisés et irréfléchis de nombre d’ombres croisées ? -- Il ne se souvient d’aucun visage en particulier, pas même ceux des déesses qui, par jeu ou désintérêt total, étaient passées, monarchiques, sans lui jeter un regard, ou de celles, plus rares, qui l’avaient même parfois gratifié d’un léger sourire. Mais alors que Nude s’attriste dans ces pensées, spontanément, ces visages effacés s’oublient derrière l’impression que ces dernières Grâces lui avaient offerte : le bien-être. Certes, quelques secondes plus tard, le moment vécu s’évaporait dans le doute de sa réalité. N’avait-ce été qu’un rictus ? Ce sourire, s’il avait été, lui avait-il été adressé ? Aucune réponse possible à ces questions. Alors il choisissait l’option la plus flatteuse, ça ne lésait personne et c’était plaisant d’y croire… -- Il se moque intérieurement de cette fierté machinale et « phallacieuse ». Plaire et séduire au premier coup d’œil, paraître évident d’attirance sans même apprendre à se connaître : d’où lui venait cette conception fleur bleue qu’on ne trouve plus que dans les contes de fée, dans un monde toujours réduit à quelques personnages et où les rôles sont des conventions ? Cette naïveté, qu’il subodore, le gêne pour un tas de raisons : d’abord, il l’associe au monde de l’enfance qu’il a parfois l’impression de ne pas avoir quitté par des résurgences de comportements « adulescents ». Ensuite, la naïveté est liée sémantiquement à la « bonne poire », « le pigeon », la victime, autant de statuts qui impliquent la bêtise du stigmatisé. A contrario, ce qui est valorisé, depuis quelques décennies, c’est d’être malin et si possible un « free rider » opportuniste  et un peu escroc (le moins d’efforts pour les meilleurs résultats), à la limite du vice pour « qu’on ne la lui fasse à l’envers.» Intéressante expression que cette dernière ! A connotation anale, elle suggérerait l’idée d’un ordre, d’un refus de se faire « retourner la tête », d’avoir les pieds sur terre, d’être debout et droit dans ses bottes, égal à l’autre dans une concurrence supputée comme par édit viril. En une phrase, c’est la devise française qui est résumée : liberté (ne pas se faire emmerder puisqu’on est vigilant à ne pas se faire piéger), égalité (être aguerri et ne pas s’en laisser conter), fraternité (partager les codes et les vices qui ferment le cercle en ne présentant aucune faille victimaire, d’où le retour à la vigilance ! La boucle est bouclée). Etre naïf réifie puisque sa conséquence consiste à se faire « avoir » : sa manipulation s’exécute, et il ne reste au naïf qu’à « s’en prendre à lui-même » à défaut de ne pas être (assez bien) armé pour son environnement. Il est faible, ça lui colle à la peau comme une étoile jaune greffée sur son front. Trop sensible, il se sent cible de tous les malintentionnés. Trop visiblement gentil, un autre mot qui de chrétien s’est mué en crétin, il se fait marcher sur les pieds, bousculer et ignorer (le moindre des maux pour un aimant à emmerdes) car il ne représente aucune menace. C’est alors l’insécurité et la frustration permanentes ou le durcissement : le dur natif observera bientôt le naïf dans l’œuf avec animosité et le bouffera…

A travers les quelques millimètres de verre qui font la différence entre l’intérieur et l’extérieur, Nude Solaarr observe à nouveau la parfaite confirmation de ces dernières conclusions et, tout à la fois, leur infirmation : un nouveau bus, bondé, marque l’arrêt devant un abribus lui aussi noir de monde. Les portes à l’avant et au milieu du bus s’ouvrent. Un essaim se forme en cercle autour de chacune, dessinant anarchiquement un couloir à peine assez large pour une personne et à l’adresse des « arrivés » qui descendront. Une personne trop pressée essaye de passer par cet entonnoir en sens inverse. Il gagne six personnes dans la foule d’attente. Puis, contraint de  laisser glisser les derniers expulsés de la carcasse sur roues, dans un « blop » de suppositoire, il dérange le désordre de l’essaim piétinant et n’avançant que de quelques centimètres à la fois. Sur les talons (et souvent sur les épaules) de ces derniers, le passage se referme. Une autre lutte que justifie « la guerre des places » est à l’œuvre : se trouver un espace dans ce transport commun. A l’intérieur, ceux qui en ont trouvé une ne semblent pas vraiment prompts à s’en déplacer même si un espace vide est disponible à moins d’un mètre (sauf s’il s’agit d’une place « assise »). Alors, chacun pousse les autres pour créer sa place ou, par effet domino, comprimé l’ensemble. Mais dans cette cohue, un jeune homme casquette-survêt’-baskets bloque le flux laborieux des usagers vers ce wagon urbain. Nude en voient qui se mettent sur la pointe des pieds pour constater ce qu’il se passe et surtout savoir s’ils ont une chance de faire partie de ce train-là. D’autres soufflent, et certains lèvent un bras, jetant leur main derrière la tête, comme pour jeter derrière eux le mécontentement qui les anime. Ce seront les mal-placés, ceux à la traîne, qui le prendront en pleine face. Les vapeurs s’échappant des bouches des impatients laissent supposer quelques contestations. « Avancez ! » lit Nude sur les lèvres de l’un d’entre eux, apparemment nerveux. Peut-être est-il en retard, ou excédé de voir le processus chaque jour se reproduire plusieurs fois… Pour cette boule de nerfs, en tout cas, le collectif n’est plus que parasitage par rapport à SES préoccupations, pour que ça roule pour lui. Il ne sait pas que la cause de son courroux est l’humanité, et il s’en fout. Le jeune homme, en effet, aide un vieil homme courbé et mal assuré dans sa démarche, alors imaginez-le lever un pied sans perdre l’équilibre !… Par respect pour son âge avancé, le jeune homme s’est mis au rythme de l’ancien. Sûr du bien-fondé de son choix, le jeune homme laisse passer les invectives agacées venant de derrière et les injonctions impérieuses qui fusent sur sa casquette comme l’eau sur les plumes d’un canard. Ça n’ira de toute façon pas jusqu’au lynchage (non pas que les autres n’en aient pas envie à cet instant, mais parce qu’ils n’ont pas le temps et qu’il leur faut garder quelques forces pour s’insérer dans l’amas intérieur de corps). Il reste trois ou quatre personnes, interdites, devant l’impossibilité de monter aux portes avant de la boîte de conserve. Le mec nerveux, l’ai renfrogné, tente une percée vers la porte de descente du milieu, où un panneau de sens interdit est posé en vitrophanie. Des pointes de pieds dépassent à l’extérieur déjà, leurs propriétaires se cramponnent à la barre verticale centrale de cette sortie pour ne pas se faire éjecter. Loin de se résigner, l’agacé prend un petit pas d’élan pour tenter une « percée » dans le tas. Il rebondit au dehors, reprend appui et part à petite foulée et rouge de colère (et non de honte) vers l’avant. Trop tard, les portes ont enfin réussi à se refermer. Le clignotant de gauche indique que le bus s’apprête à repartir vers le prochain arrêt et la prochaine bataille d’usagers dont il attendra l’issue. Le laissé-pour-compte a l’air encore plus furieux. Il regarde sa montre et tape du pied par terre. Pas de doute, il était déjà en retard !

14h04. Nous sommes tous chronométrés, un des maux de notre ère selon Nude. Le temps ou plutôt la prépondérance qu’il a pris dans nos manières de penser sont devenus les référents de l’efficacité, de la productivité, du progrès, du « projet » (que Nude met entre guillemets depuis les Inculture(s) de Franck Lepage), du rôle social attribué (en fonction de son âge), de la réactivité, de la vivacité, de la ponctualité aussi, bien évidemment, puis ont mué notre quotidien en délais à plus ou moins court terme, le stress en soubassement et la culture du résultat en légitimation de chaque acte. Les conséquences et les motivations fusionnent dans un complexe de supériorité du à cette posture obligée de « stratège » inné. Par effet domino, l’argumentaire utilitariste s’est appliqué en philosophie globale : toute étape doit se pouvoir se justifier… alors on triche, car il en fut toujours ainsi : l’être humain vit avant de penser et nul ne maîtrise toutes les conséquences de ses actes.  Mais cette ambiance conséquentialiste perfide fait croire à l’individu lambda qui n’a plus l’impression de diriger sa vie qu’il est faible. Alors il se dévalorise, se dit qu’il ne fait rien de bon de sa vie, se persuade qu’il perd du temps, s’agite d’autant plus et, bientôt, rendra les armes, épuisé. A grandes pelletées de terre meuble, le fatalisme rebouchera le fossé creusé par cette pensée utilitariste globalisée (à tel point que même sa remise en cause se fait par son truchement… la rendant de fait inutile) ; Le corps social a ainsi été enterré jusqu’au coup dans ce trou qui n’en est plus un. Immobilisé, piégé, aucun mouvement, autre que celui des yeux, n’est possible. C’est sans doute pourquoi l’œil reste l’organe par excellence dans nos sociétés : tout n’est qu’affaire de point de vue et vive le relativisme absolu, la seule échappatoire trouvée ! En niant l’objectivité, en ramenant à sa personne l’évaluation de toute chose, l’être humain se crée normatif divin et distant par rapport cet utilitarisme sociétal dictatorial. Et voici comment cela s’est transformé : des individus devenus individualistes pour se protéger en réaction et face à une « société » trop pressante (y compris par une violence symbolique) et alors pensée déshumanisée, voire impensée, vu que l’individualisme de chacun le focalise sur sa sacro-sainte arbitrale liberté individuelle. Des droits !… Avec l’oubli réciproque des devoirs contingents.

panopticomm @ 11:39
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Le Candidat-Faune. 2- F-utilités des professions de foi.

Posté le Lundi 20 septembre 2010

Encore une fois, suite à ces réflexions qui se bousculent dans sa tête et son ventre, Nude conclut ne pas se sentir vraiment en phase avec son époque, trop pressée de disparaître, trop disparate, avec trop d’apparats, trop de « révolutions » (avec le sens qu’on accorde au mot dès qu’il y a la moindre évolution) pour continuer ainsi sa course longtemps. Il ressent mais ne comprend pas ce besoin d’être « toujours » en mouvement, joignables, connectés. L’expression de son visage, un temps empathique à l’égard de ses congénères, se refond alors dans sa sévérité. Les sourcils se froncent à la racine de son nez, le regard se fait plus caverneux et donc plus profond et sombre, car en conséquence ou cause, il pense à la complicité involontaire ( ?) de chacun, se complaisant dans son PETIT CONFORT qui avait remplacé dans sa pensée la classe des petits bourgeois. Le « chaud » en est la température idéalisée, qu’elle passe par l’abri d’un toit, l’eau du robinet, la douche, la chaleur dégagée par les appareils électriques, les radiateurs, les sur-épaisseurs de vêtements, les vacances au soleil ou, dans cet ordre-là précisément, l’humain…. Misère sociale camouflée sous l’opulence de l’équipement, appauvrissement des échanges entre individus compensé par un surplus d’interactions virtuelles, danses dites de couple laissant place à des battles improvisées au cœur d’un cercle de fortune, la réaction à la densité concentrationnaire des zones urbaines s’est traduite en préservation (voire création) de SON espace « vital ». « Tchiiip ! » lâche-t-il pour lui-même et pour s’arrêter devant le gouffre aux parois fleuries des multiples pensées qui s’ouvraient sous l’effet de cette dernière remarque. Il se voit en effet déjà se perdre dans la profusion d’illustrations convergentes mais tellement hétérogènes que l’on pourrait croire à une confusion totale : rapport entre « avoir » et « être », inversion des valeurs, perte du bon sens (orienté vers la responsabilisation humaine et sociale de chacun), dissolution suicidaire des liens sociaux,… Tels sont ses leitmotivs qui revenaient à grande chevauchée et qu’il avait constamment du mal brider tant ils s’imposaient d’évidence musculeuse, tant ils agaçaient sa patience. Comme pour tirer sur les rênes au maximum, Nude décide alors de s’étirer, bande tous ses muscles dans un mouvement d’élongation, et bloque sa respiration pour mieux renforcer l’effet dépressurisant qu’annonce l’expiration à venir. La seconde d’après, comme emportées par le soupir, les pensées parasites s’échapperont, espère-t-il.

Il regarde sa montre pour mieux se rendre compte de la fracture temporelle que ses explorations mentales avaient provoquée. 12h54. Il ne s’était « absenté » dans ses réflexions qu’un quart d’heure, même un peu moins. C’est bien assez !… Surtout pour ressasser ce qui lui semblait si criant. Encore une inspiration, un souffle profond, et Nude essaie de se concentrer sur ce qu’il a planifié cet après-midi : encrer sur cette feuille blanche, posée devant lui, les grandes lignes que son « programme » politique et ainsi, le plus clairement et exhaustivement possible, l’aider ainsi à la griser. Quoi de mieux qu’un bistrot pour cela ? Certains auraient certes choisi un lieu plus discret et plus propice à la réflexion pour ce travail de formalisation, mais Nude se nourrit de cette agitation alentour pour mieux se préserver d’un monde idéel et statistique, coupé de la réalité vécue. Les perturbations l’empêchent de s’enliser dans un monde conceptuel et systémique vers lequel son penchant à la rêverie et à la théorisation universitaire l’emportent naturellement. Du moins est-ce ce qu’il croit. Elles lui rappellent également qu’il veut avant tout tendre à « se faire comprendre » d’un grand nombre et qu’il doit donc d’abord et en premier lieu adapter son discours aux auditeurs.

12h55. Ces remises en tête s’accompagnent machinalement de la prise de son stylo à bille et encre noire pour entamer ce qui devrait primer dans la réflexion : les objectifs visés. Il prévoit d’en déduire un ton, un registre et une couleur qui seront alors cohérents avec sa pensée politique globale. Mais la pointe du stylo, fermement tenu par l’index et le pouce et posé sur la dernière phalange de son majeur, reste pour l’heure suspendue quelques centimètres au dessus de la page. Par moments, son poignet décrit des courbes et la pointe dessine dans l’air des lettres en guise de préparation mentale à l’accomplissement calligraphique en devenir. A la vérité, il bute sur l’exercice, non par manque d’idées ou par incapacité de formalisation synthétique mais par un doute paralysant quant à son utilité réelle. Combien de votants prennent le temps de la lecture (même transversale) ? Quels résultats concrets sont imputables à cette pratique ancienne ? Quels résultats, plus prosaïquement, peut-on attendre d’une profession de foi ? « Doit »-elle, comme il l’envisage, aider à faire comprendre, voire convaincre ? Pris dans ce tourbillon de questions, il lève quelques secondes les yeux vers les miroirs placardés sur chacune des quatre faces du pilier porteur en face de lui, et s’étonne d’y observer un visage qui ne s’est pas défait de son air concentré et fermé sur soi-même. Ce visage déterminé ne reflète aucunement sa perplexité réelle, et le miroir, lui-même trompé, se contente de lui décrire une image sans corrélation avec la vie intérieure qui l’anime. Il n’aime pas cette théâtralisation mécanique que son expression a adoptée avec tant de talents qu’il parvient désormais à bluffer presqu’involontairement les miroirs sans tain ou de tous teints qu’il croise sur son chemin. Aussi se force-t-il à  se décrisper, à rendre ses traits plus neutres, plus doux ou moins renfrognés, avant de les représenter à la feuille récalcitrante. Sans parvenir totalement à se tromper, la tête inclinée, accueillie en sa mandibule par la paume de sa main gauche, il est conscient qu’il cherche en réalité à retarder au maximum l’ordre du jour qu’il s’est donné. En ce sens et pour rompre avec l’hypnose probable de la feuille blanche, sa main droite repose du bout de ses doigts de pianiste le stylo sur la table, bien à plat, pour se diriger vers son ordi-phone et l’interroger sur les origines du mot « programme » et de la pratique de la « profession de foi ». Quelques tapotages plus tard, il lit que « programme » viendrait du grec : pro (devant) gramma (la lettre) désignant l’ordre du jour… justement. Mais hormis la coïncidence avec sa dernière pensée, rien de bien sensationnel ! Aurait-il plus de matière à réflexion dans le verbe transitif profiteor, fessus sum, eri (pro et fateor) indiqué en racine latine de « profession » ? A en lire le Gaffiot en ligne, ce mot serait d’abord une expression déclaratoire publique, plutôt solennelle (donc officielle et « engageante »). Par cette déclaration, en faisant « profession de… », le but visé serait la revendication (prétendue ou auto-attribuée) d’une spécialisation. Ainsi, la « profession de foi », laïcisée, en dépit de sa sémantique religieuse, viserait à déclarer publiquement sur l’honneur les croyances des candidats, leurs principes politiques, philosophiques, moraux et économiques. En pratique, ce type de document ne lui semblait plus qu’un amas de mots jouant de sentimentalisme démagogique et de positionnements impressifs, le passage obligé d’un jeu de dupe et de promesses qui n’engagent que ceux qui les croient … Mais obligé par qui et depuis quand ? De Cicéron à nos jours, cette pratique semblait s’être naturalisée à travers les siècles, même si Nude a conscience que de multiples réalités peuvent se cacher derrière les mots, selon les contextes. Aussi, des oscillations avaient nécessairement soutenues l’évolution de l’utilité de la « profession de foi ». Mais peu importe ! Pour couper court à cette réflexion parallèle, Nude s’accorde à lui-même avoir compris l’essentiel de ce qu’il cherchait bien inconsciemment : la « profession de foi » politique n’est pas ou plus un acte de persuasion, mais une pratique devenue incontournable dans les dossiers de candidature. Elle devait s’écrire, c’est tout ! Et sans état d’âme !

La technique de Nude, quand il doit faire une chose sans être convaincu de son intérêt ou de sa pertinence, consiste à regarder sous d’autres auspices cette contrainte pour tenter de la considérer utile à d’autres égards que sa seule réalisation. En l’espèce, il préfère voir dans cet exercice une autre facette de l’impératif socratique : « Connais-toi toi-même ! » Certes, depuis le temps qu’on versifiait ce thème, il avait été infesté par les vers -- ceux-là mêmes qui se nourrissent de la matière organique des sols où pourrissent les corps de ses penseurs -- mais ce thème ne cessait de devoir se réactualiser, encore et encore, à chaque cas de conscience ou prise de décision. Il s’agissait même du fondement principal de sa pensée : le libre arbitre éclairé de chacun et révélé en grille de lecture individuelle dite « DE LOYAUTE ». Pour le dire plus simplement, son cheval de bataille est tout simplement nommé dignité. En effet, à hue et à dia, et quels que soient les obstacles rencontrés, Nude considère que l’être humain ne sera jamais personne ou rien s’il ne chevauche son temps fidèlement à ses valeurs…. Encore doit-il les connaître ! C’est cette loyauté qui distingue la maladresse hésitante de la détermination envers et contre tout, la velléité de la mise en œuvre patiente, la pensée éphémère (quelle que soit sa durée) de la conviction qui nous anime. Du coup, le complément «… et fais le reconnaître par les autres ! » devient presque superflu. Mais, puisqu’il devait se plier à l’exercice de la « profession de foi », autant le faire pleinement et le rendre utile.

Que manque-t-il aux professions de foi fabriquées à l’heure actuelle pour intéresser les gens, pour faire en sorte qu’on ne s’exprime pas en creux ou dans le vide ? En se posant la question ainsi, Nude souhaite surtout conforter une hypothèse : la coupure entre le candidat et les citoyens. La fièvre passionnelle ou la défense ardente de modes de vie sont tièdes (voire athermique comme le papier sur lequel sont imprimés des propos sans chaleur) : Entre méfiance et déception, entre désintérêt et dégoût, entre popularité et poujadisme, le personnage politique a perdu de sa superbe ; il n’est plus, au fond, qu’un bon communicant commercial : il découvre les besoins de ses interlocuteurs, leur propose une réponse au poil -- il se poile pour enjôler, a du poil de la bête en guise de climat rassurant et devient un vrai poil à gratter quand viennent le temps des négociations pécuniaires -- et sait leur en donner l’impression. Au bilan, ils observent leurs parts de marché respectives et se les négocient dans un processus de « fus-ac » entre partis, en échange de « places » parmi le conseil d’administration publique. Bon… il s’était laissé emmener dans la métaphore, mais pour mieux se chauffer et trouver l’énergie qu’il lui faudrait pour lancer la machine. Et pour répondre à la question posée, il entre-ouvre alors la chemise qui contient les professions de foi des candidats aux élections présidentielles dernières et commence une rapide revue de l’ensemble.

Par charité pour vous, lecteurs, nous passerons sur l’étude de ces reliques d’il y a presque cinq ans. Cela aurait pu amuser le politologue qu’il éduquait à l’université mais ça a le fâcheux effet secondaire de provoquer le bâillement. 13h48. Il observe les quelques annotations qui avaient entrecoupées ses lectures et ses impressions. Ne s’étant jamais amusé à soumettre son écriture à la graphologie, il n’avait aucune idée de ce qu’elle peut bien révéler de son caractère. D’ailleurs, il lui semble avoir en vérité deux écritures : l’une, bien appliquée et scolaire, ronde, liée, égale en ses hampes et jambages, est héritée de son enfance, tandis que l’autre (qu’il avait façonnée depuis le lycée par la prise de notes rapide) est désormais la plus usuelle, sans savoir si elle avait un quelconque rapport désormais avec son écriture première. Celle-ci est en effet fine, petite, presque « patte de mouche », un peu exagérée dans la précipitation comme des coups de fouet mais sobre, sans ampleur particulière même si les jambages, droits, et hampes, par moments plus arrondies, restent visibles, tendant à l’étalement plus qu’à l’écriture étrécie, tendant à l’espace bien que l’impression résiduelle était incontestablement la densité. Pourtant, son écriture n’en reste pas moins claire et simple en dépit de son penchant filiforme (en tout cas sur la longueur de groupes de lettres reliées à l’intérieur d’un mot mais disjoints entre eux). Plate mais ferme, son écriture répondrait-elle à la question : « Qui suis-je ? »… et l’astrologie viendrait-elle en compléter la réponse ? Le temps de la détente fantasque était passé, décide-t-il pour marquer l’amorce de la seconde phase : son propre positionnement par rapport aux points relevés.

Première catégorie : le format. Sauf rare exception, le format A3 plié en deux (donc le quatre pages) est préféré. La couleur (affiliée au parti), même par pointes légères, est également favorisée. L’abandon du noir & blanc jusqu’au choix de la qualité de papier donnent une allure de documents de communication plus modernes et plus élaborés que la photocopie de base qui sert à tout tract.

Deuxième catégorie : la mise en forme. La première de couverture affiche ostensiblement leur nom, une photographie pleine page, centrée ou incrustée, sans même qu’elle soit forcément associée au logo du parti représenté (ce qui se suppute comme une marque supposée de notoriété personnelle), une phrase, mise en exergue par un jeu typographique ou par son slogan isolé, qui est censée synthétiser la ligne directrice ou l’idée maîtresse de la profession de foi. Certains précisaient l’enjeu visé (« Election Présidentielle du 22 avril 2007 »), d’autres indiquaient, comme sur tout tract publicitaire, un lien internet pour toute information complémentaire. Certains avaient choisi d’entrer dans le vif du sujet directement, d’autres de créer une atmosphère, un ton… Nude pense avoir bien cerné les défauts et qualités des unes ou des autres mais ne s’y attarde pas. Il remarque par exemple que la mise en page la plus agréable est le double colonage, versus le pavé étendu sur toute la largeur de la feuille A4… le double colonage un quart/trois quart peut aussi fonctionner, du moment que les paragraphes sont justifiés (ça fait quand même plus propre). Les correspondances avec les différents types de presse ne sont pas à négliger (mieux vaut une mise en page « Nouvel Obs » qu’une mise en page « Quotidien du médecin » ou « Okapi » pour asseoir le sérieux et cibler son lectorat).

Troisième catégorie : le contenu, la partie la plus hétéroclite… quoique certains contenus semblent plus viser à remplir les cases des sujets médiatisés du moment qu’à servir la cohérence de la profession de foi. Ces « cases » s’incrustent dans une énumération de cinq à dix-huit points dits « prioritaires » -- puisqu’ils ont un avis sur tout (le reste) et que l’exposition de l’ensemble de leur science est matériellement impossible et potentiellement frustrante pour le lecteur ignorant, en grossissant le trait. De plus, ces points sont censés être mnémoniques ou repères.

De l’avis de Nude Solaarr, ces « points » mis en exergue n’avaient tout au plus fait que renforcer l’impression d’uniformisation globale : les problèmes sociaux ne trouvant leur solution depuis trente années, les questions restant en suspens, tenues par la seule main du doute. La redondance est de mise : Chômage, Précarité, Sécurité, Fiscalité, Dette, Europe, Place de la France dans le Monde, Agriculture, Sécurité sociale et régimes des retraites, Services publics,… toujours les mêmes cases avec des petits nouveaux comme la Parité ou l’Ecologie. Les dossiers s’amoncellent. Mais rassurons-nous, confrères et consœurs citoyens : chacun a sa solution ! A tel point qu’on se demande encore naïvement comment dans ce bouillonnement de matière grise, amplifié par le nombre d’Etats, aucune résolution nette n’en était encore sortie… En attendant, le souhait du prince non plus héritier mais préemptant, s’affirme sous la forme d’un « je veux… » qui se voudrait performatif. L’égotrip prend forme, nous sommes en plein dans la promesse de foi actuelle : tout dans l’image pour, avant toute autre chose, se distinguer des autres candidats, asseoir les deux mamelles de la communication : sa notoriété et sa mémorisation dans l’esprit des électeurs. A la lecture de cette note, Nude pense au conte du « Garçon qui criait au loup » qui s’achève par : « souviens-toi à l’avenir que personne ne croit un menteur, même quand il dit la vérité.» La confiance, à laquelle tous appellent, est sans conteste bien déchirée ! Ceci l’amène tout doucement vers une digression : l’être humain, ses langages et la communication. Autrement dit, quelle est la valeur de la parole d’un individu de nos jours ? Il sait la question digne d’une œuvre philosophique complète qui rendrait toute entreprise spontanée inutile. Il sait également que cela dépasse la manière de « faire la politique » et qu’il a déjà assez tendu vers le divertissement pour ce début d’après-midi. Alors, il se décide à remettre à plus tard l’opportunité, sachant les occasions régulières… Et tandis qu’il pense avoir perdu, malgré sa décision rapide, le fil de sa pensée, se faisant, il rattrape sa bobine qui s’éloignait doucement en roulant vers ce gouffre digressif : il n’en avait pas fini avec le contenu ! A défaut de se perdre dans la multitude, il avait considéré quatre listes plus attentivement, qu’il avait sélectionnées d’après les résultats obtenus et ses propres convictions. Unanimement, le constat s’énonçait en termes de crise(s) : ça va mal ! Sinon, à quoi serviraient-ils ? Tous sont dans les thématiques du « quand on veut, on peut » (sorte de méthode Coué en ces temps d’incertitude partagée) et du « se donner les moyens de… ou faire les efforts nécessaires pour… » un avenir digne de nos désirs. Déjà, avouons que le sentiment d’« uni-formalisation » commence à gonfler, oui, sa poitrine aussi. Entre la tendance à l’énumération de promesses plus ou moins réalistes et celle au texte thématique, la préférence des électeurs semble être allée à la seconde catégorie ;le rassemblement de propositions rangées sous un chapeau semblant faire office de valeur directrice. Pour simplifier, traduit Nude, disons que les Français aiment les chapeaux mais n’apprécient pas les surprises que les « prestidirigeateurs » peuvent y cacher. Cette formule lui plaît. Il ne sait encore la profondeur ou la superficialité de cette idée mais, justement pour cette raison, il penche pour tout laisser en plan et la creuser. En effet, la phrase précédente n’était pas encore achevée qu’il était déjà emporté par elle au milieu d’une galerie d’images de chapeaux, de « gapettes », de casquettes contemporaines et de photos d’Epinal, comme son grand-père se protégeant de l’insolation par cet accessoire mécaniquement emporté quand il sortait de chez lui. L’intime s’entremêle à la caricature. Alors il comprend ou, plutôt, émet l’hypothèse d’une symbolique des chapeaux à laquelle il avait en cet instant envie de croire (et à travers elle, il rassurait sa fulgurance). Le béret, le borsalino, la casquette vissée sur la tête, si ce n’est une visière trop longue, ont en commun ce caractère franc de celui qui les porte, sans entourloupes ni arrière-pensées puisqu’elles n’ont pas la place de s’y loger. En proportion, le haut-de-forme, le sombrero, le Stetson, l’Akubra, le Trilby, l’ushanka, le fez, le képi, la mitre, et tous ceux qui élevaient cathédrale d’étoffe ou qui créaient une large distance entre le porteur du chef et leur entourage étaient perçus avec une certaine méfiance par les porteurs de béret ou gapette. La kippa leur posait le problème d’un chapeau qui ne se ceignait pas le tour de tête ; et le turban ou tout tissu enroulé autour de la tête les interrogeaient par le fait qu’ils n’ont pas à proprement parler de forme : peut-on alors les considérer comme des chapeaux ? Belle fable que l’homme et ses chapeaux ! Un jour, car ce n’est pas non plus la priorité, il se renseignera en librairie sur ce domaine. Mais la pause « mysticonirique » prend fin ici, car il sait qu’il prenait déjà le risque de perdre sa conclusion d’étape, à savoir qu’au vu des résultats, les électeurs semblent apprécier les idées directrices, appelant ainsi à une recherche de valeurs fortes, à une perspective réelle et non pas à un positionnement politicien ou divisionnaire de la société.

D’ailleurs, du rose au bleu, en passant non pas par le violacé (issue d’une strangulation des carotides ?) mais par le carotène, l’union des efforts et la réconciliation est préconisée par tous unilatéralement en solution de principe. Ce que Nude trouve gênant, c’est qu’une telle posture tarte à la crème (le « Président de tous les Français » doit par définition avoir une assise large) est creuse : rien ne motive précisément l’effort invoqué. Exit le « besoin » de remettre au travail le pays et le poil dans la main actuel qu’il suppose ! Le réel déclic se produira lorsque les électeurs sauront si « ça » en vaut la peine. Conséquences psychologiques de l’utilitarisme établi en philosophie sociale, sans doute : le donnant-donnant et le don de soi en guise de stupidité s’il n’est payé de retours. Comment les candidats de 2007 ont-ils résolu la question ? Par une pirouette : le premier nous défie du renoncement pour que les vibrations de la corde de la fierté (nationale et individuelle) résonnent en écho du mérite ; la seconde y répond par un syllogisme implicite : si « je vous ai compris » (les socialistes se mettent à faire du De Gaulle : entre Lionel Jospin et sa tentative échouée de retour en homme providentiel et Ségolène Royal qui s’en inspire ouvertement par son « Je vous ai écoutés » à peine transformé), si vous m’avez confié ce qui vous touchent, alors j’ai compris ce qui vous touche ; le troisième joue la carte du challenger : les deux autres politiciens n’ont rien changé, alors donnez-nous notre chance et on assainira tout ça pour qu’il y ait du résultat ! Là commettait-il l’erreur qui lui coûta sa place en finale ? Le positionnement politicien n’est plus du goût des électeurs pour les mêmes raisons qu’il venait d’évoquer, à savoir un enracinement dans le « tous pourreils » et incompétents. Quelques maladresses plus loin, sa statue, fendillée de partout, n’inspire plus confiance : Ici, par son « affectueusement » signataire inapproprié, car d’un paternalisme bonne pâte, bon ton, mais éthéré ; Là, par le rappel de son curriculum vitae qui, certes, s’inscrit dans une volonté de transparence mais, surtout, laisse entendre la possibilité assumée qu’il ait encore à prouver ses compétences ou qu’elles puissent être encore ignorées des électeurs… ce qui le dessert. Dans les trois cas, le plan d’action ne se leste pas d’un but précis. Cette absence en camoufle une autre : le manque d’alternative proposée. Première rupture avec l’électeur. Pour Nude Solaarr, le secret de la confiance, c’est la régularité. Etre « réglo » avec ses potes, dans le business, dans la parole donnée, voilà la clé du respect. Des petits Machiavel en herbe rétorqueraient qu’il n’est pas question de respect mais de crainte. Il les ignorerait. Un jour, peut-être, il prendrait le temps d’échanger à ce propos mais, pour le moment, il continue à se cramponner au déroulé de son analyses des professions de foi issues de la première décennie du 21ème siècle.

Le constat suivant qu’il avait noté sur papier relève que tous, sauf le candidat élu, ont réservé une place à une lettre adressée aux électeurs… Veulent-ils nous faire croire que cette lettre est l’expression de leurs seules tripes, sans relecteur ou validateur du texte ? Dans l’esprit critique de Nude, ceci tendrait plus surement à accréditer que le reste du document n’est, a contrario, pas signé que de leur seule main. Certes ceci était une évidence, mais indiquait là une deuxième rupture avec les lecteurs : Quelles étaient les personnes qui avaient participé au compromis imprimé ? Quelles discussions et négociations avaient eu lieu en coulisses ? Comment l’électeur pourrait-il avoir confiance en ce qu’il ne maîtrise pas ? Et puis, cela produit une lecture sans passion, puisque l’auteur lui-même n’y a pas mis d’âme mais seulement des mots balisés, une présentation d’intentions, des espoirs (dont, surtout, celui d’être élu), et finalement des radotages multi-entendus,… des vanités sans consistance, car les mots n’engagent désormais plus. Tout le monde peut raconter n’importe quoi, et cela se répand dans une ère de « comm’-ment/nie-cation » où les jeux de dénis et de rumeurs se dotent d’une charge globale positive lors de la perte d’électrons engendrée par le pompage des courants électriques médiatiques. Cette charge positive n’est donc qu’un phénomène chimique mécanique, sans grande volonté particulière. Ceci explique peut-être que, par mécanisme, justement, les thèmes « forts » de la campagne que l’on pourrait croire libres (selon le prisme du décryptage social opéré) sont en réalité fortement déterminés : les valeurs « travail » et « mérite » du premier, « l’effort » tendant au « meilleur de nous-mêmes » de la seconde et « l’union des forces » du troisième ne sont que des variations autour d’un même thème et autour duquel le premier était resté le moins abstrait. La valeur travail est simple et centrale en tant qu’invariant anthropologique autour duquel peut s’articuler toute une société ; Elle est aussi efficace pour brasser large, puisqu’il est le point de rupture entre ceux qui sont déjà dans la machine à essorage et ceux qui aimeraient y entrer. A côté, le soubassement de « l’Etat fort et impartial » (à l’image de celui qui le représentera, bien sûr), la lapalissade de « l’avenir pour les générations futures », le renforcement assez aventureux des protections de chacun, jetées pêle-mêle juste pour y être, paraissent bien fades. Entre fadaises et « uni-formalisation » du discours, l’élection se jouerait-elle bien avant le dimanche dit ? Fausse naïveté de principe ! Entre les estimations, les sondages d’opinion, le jeu inégal d’exposition des candidats, les surbrillances médiatiques de la société en fonction desquelles chaque participant se doit de se mouvoir, pas étonnant que ces derniers se marchent sur les pieds et se bousculent. Le faisceau lumineux est fin et étroit ; le faisceau lumineux est fin en soi et non plus moyen ; le faisceau lumineux est feint car l’information, complément d’objets évités ou évidés, seulement parée d’objectivité -- pour explication : jeu de mots quasi-paronymiques sur l’objectivité tendant à l’oxymore, rôle du complément d’objet direct (complément de sens, passif (récepteur) par rapport à l’action du sujet) en allégorie de la fabrique de l’information et par utilisation de la polysémie des termes.

Voilà le type de formule, trop dense qui fait barrage à la compréhension, s’avertit Nude mais il ne peut s’en empêcher au regard du plaisir que cet alliage de mots lui procure. Et pourtant, qui (hormis l’auteur) peut comprendre autant de codes en une phrase ? Qui, surtout, pourrait et voudrait autant s’appesantir ? En réalité, Nude idéalise ce genre de phrases en esthétique de la raison, sans parvenir à savoir laquelle des deux a façonné l’autre… Il espère toujours toucher plus l’instinct du lecteur que son esprit analytique avec ce genre de formules alambiquées. Espoir vain ! Nude, aspiré par ce songe, relève la tête de sa feuille et inspire profondément pour mieux évacuer ce nouvel air nourricier et amoindrir la toxicité de cet « inespoir ». A cette occasion, le patron du café, aguerri aux squats de longue durée par certains clients, capte avec talent l’attention de l’enraciné pour lui proposer ( ?) ou réclamer, de derrière le comptoir, un dédommagement à titre de la location du lieu. Généralement, cela se passe par un rituel bien rôdé : la mire de ses yeux bleu-gris de fumeur est dirigée, droite, vers le client qui, s’il ne cherche pas à échapper au regard dur tiré par ces deux globes oculaires, se sentira otage de la « situation » et capitulera par une nouvelle commande. Or, il n’est pas facile de ne pas succomber à la vérification d’une sensation comme celle de se sentir épié ou regardé… ne serait-ce que pour garder la maîtrise de son image publique ? Ou pour jauger la justesse de sa sensibilité ? Ou pour toute autre raison un peu floue… Ainsi, la fixité de la mire agit sur un redressement de tête instinctif de la part du conso-squatter qui part en tête chercheuse. Le premier piège est tendu : c’est le sniper ciblé. Le redressement circonflexe des sourcils du cafetier s’accompagne d’un hochement unique de tête prenant départ immédiat sur un relèvement de menton. Que cela signifie-t-il ? S’est-il enquis du bien-être du client ? Ou bien de savoir s’il devait remettre la même chose ? Le piège se referme : invité à la réaction, le client se rend compte qu’il n’est que bailleur de l’endroit et doit rendre des comptes sur son occupation. Là encore, les mots sont inutiles : il se lèvera dans quelques minutes pour justifier son refus d’acquiescement ou se verra honorer de la visite du patron, non pour confirmer que « tout se passe bien pour lui » mais pour confirmer la commande, s’il a répondu par un sourire accompagné d’un chef opiné. Bien joué ! La « proposition » met le client dans l’embarras qui sait avoir acquiescé. La boisson ne sera consommée qu’à moitié, puis le client s’esquivera avant que le prochain piège ne se tende. Une autre variante, au restaurant notamment, consiste à « proposer » un apéritif puis à lister ceux disponibles… La facture révèlera combien cette « invitation » nous aura coûté. Nude connaît la manigance et son code de la consommation : il sourit donc au cafetier pour ne pas être désagréable et tourne doucement mais fermement sa tête de droite à gauche pour décliner son « invitation ». Le patron fait la tronche et détourne son attention de ce client peu rentable tout en prenant garde à ce qu’il ne file pas avant l’encaissement. Nude, lui, sait déjà qu’il lui recommandera quelques autres gouttes de café, ne serait-ce que pour le remercier de ce moment de répit qu’il lui avait offert dans ses réflexions… mais dans quelques dizaines de minutes seulement, car il ne voulait pas se faire prendre pour un bleu, non plus.

panopticomm @ 15:21
Enregistré dans Le Candidat-Faune
Le Candidat-Faune. 1- Janvier 2012. Dans un bar parisien.

Posté le Samedi 11 septembre 2010

Le brouhaha permanent, les klaxons des énervés de l’asphalte, les sirènes des urgences, les voix perçantes des adolescentes qui, tous, traversent la vitre du café, comme les cris déchirants de cet enfant qui pique une crise à sa mère, en pleine rue, surajoutant aux rires et aux discussions ou plutôt aux interjections échangées entre gens qui ne vivent que pour eux et entre eux, l’entrechoc des verres à des fins de santé ou de rangement, ou contre l’aluminium de l’évier, le chuintement des pressions de la bière ou de la douche à laver la vaisselle, le flux des échanges rapides et convenus : bonjours échangés, un paquet de… ou un jeu de…, la question « ce sera tout ? », un prix, un « merci, au revoir » parfois absent ou unilatéral, les crissements de pieds de chaise sur le carrelage du bar-tabac où Nude Solaarr s’est installé, le fond sonore de la radio sélectionnée par le tenant du lieu, les interférences continues de la télévision allumée, en fond muet, sur la chaîne du PMU que certains regardent comme d’autres lisent les colonnes financières des journaux, le frottement de la petite cuillère sur la circonférence des tasses sucrées, le craquement de cacahuètes sous les dents des clients pas loin qui ne savent pas fermer leur bouche, les fins de verres un peu bruyantes, le froissement des feuilles de journal gratuit consulté à la va vite, les sonneries de téléphone qui déchirent régulièrement cette confusion de leurs mélodies, presque plus souvent que ne le font les grincements de la porte des toilettes et de celle qui mène à la partie réservée au personnel, à chacune de leur ouverture et fermeture, ou le claquement du loquet de cette porte des toilettes qui semble résonner dans toute la salle comme pour annoncer « Occupé ! A vos chronos ! », le claquement de la boule de flipper et les effets sonores électroniques qui décrivent la partie et lui créent une atmosphère,… tout cela devient un environnement finalement rassurant à force de répétitions sonores. Malgré tout, en ce lieu aux sonorités denses, quelques bruits paraissent encore agressifs et dérangeants : lorsqu’un verre se brise sur le sol, quand un groupe de personnes débarque avec sa propre conversation, ou bien quand un des occupants se permet une tentative d’invasion sur cet espace acoustique en élevant la voix, par exemple, ou en rompant le bruit global par une réaction inattendue et soudaine. Alors, les têtes se tournent, les avis réprobatoires expriment leur message commun en un vocabulaire divers : par les yeux ou par quelques articulations un peu maladroites, notamment pour le joueur invétéré d’équidés qui ne prend même plus la peine d’utiliser la bouche pour commander sa prochaine consommation, se contentant de capter le regard du patron pour alors lever l’index et ainsi indiquer « un… » (de plus) de sa consommation habituelle, que ses visites quotidiennes ont instauré comme telles. Non seulement il n’a presque plus besoin de parler, mais, tant que faire se peut, il l’évite même au maximum, pour ne pas laisser filtrer d’informations sur ses pronostics, pour ne pas indiquer s’il a gagné ou perdu, parce que ça ne concerne que lui, pour ne pas se laisser distraire par une conversation qui lui rapporterait certainement moins que le tiercé en cours, pour ne pas se sentir obligé de donner la réplique à une discussion qui l’ennuie et que d’aucun pourrait croire engager par une réponse ou pour éviter de se retrouver, anonyme et hors contexte, dans les prochaines Brèves de comptoir de Gourio.

De l’autre côté de la vitre, s’entendent les claquements de talons, le clapotis de gouttelettes, givrantes en ce mois de janvier, qui viennent s’écraser de tout leur faible poids mais de haut sur les trottoirs : ici sur une parcelle encore oubliée, là dans une flaque déjà formée, ailleurs sur les édicules publics sonnant différemment selon les courbes de leur structure, sur les barres de fer des balcons, sur le plexiglas des abribus, sur les antennes et les toits en zinc, avant de dégouliner le long des gouttières oxydées et de se déverser en un flot continu vertical et parallèle aux immeubles. Le flot ampute alors les trottoirs déjà minces d’une zone d’impact soigneusement évitée par les passants pataugeant, pressés et emmitouflés, de sorte que même si ces derniers n’ont pas de parapluie, chacun de leur croisement devient problématique à cet endroit. La cohue et la densité puise dans les réserves de leur patience. Seul l’inespéré virage du marcheur devant eux leur permettra d’allonger le pas sans marcher sur les talons d’autrui et poursuivre LEUR chemin. Les freins du bus qui déchargera et se re-bondera immédiatement des corps-manteaux, engoncés dans le chaud, l’épais et le superposé grincent, stridents, mal aux dents. Les habituels « pardon ! », « poussez pas ! » se percevront indistinctement pour le premier, plus affirmatif pour le second, dans l’attroupement en entonnoir  que chaque porte créera. Les sacs plus ou moins volumineux serviront de béliers. Pendant ce temps-là, le concert de klaxon reprendra au feu rouge, vert, bientôt orangé sans libérer la voie de son embouteillage. Piétons comme véhicules, tout dehors ne semble qu’affaire de goulots d’étrangement. Ça prend les individus logiquement à la gorge : ils manquent d’oxygène et d’espace vital, alors ils cherchent à s’imposer. L’attitude est, par euphémisme, volontaire ; les mots qui fusent renforcent cette pugnacité puisqu’ils nécessiteraient un avertissement parental en raison de leur contenu explicite, pendant que l’enfant, toujours trop concentré sur SA petite crise, loupe ici l’occasion d’en apprendre de belles. On lui avait certainement déjà dit d’écouter pourtant…

Au final, le premier qui aura passé le goulot sera celui qui n’aura rien lâché… Du coup, on entend des accélérations sans vitesse enclenchée, juste pour faire monter les tours-moteur et la pression. Mais à pied comme en véhicule personnel ou en transports en commun, l’attente a été usante, stressante, frustrante. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à prêter l’oreille aux accélérations nerveuses et libératrices du moteur auto-asphyxié d’avoir tourné sur place trop longtemps. Par moments, apercevant, là, comme un miracle ou mirage devant lui, au moins dix mètres de route libre à brûler, le chauffeur se dépêchera de se mettre à l’arrière du cul-à-cul qui se profile et dont il n’en voit plus la fin. Pense-t-il vraiment qu’il perdra ainsi un minimum de temps en allant au plus vite retomber dans une autre mêlée ? Quoi qu’il en soit, ses roues, par deux fois, auront écrasé puis soit rejeté violemment vers l’arrière, soit assommé contre le garde-boue le corps de l’eau gisant à la surface de la chaussée, faute de ne pouvoir suffisamment rapidement fuir sous béton par les déversoirs et bouches d’évacuation des égouts, obstrués par des détritus divers… Il en est un peu de même pour la bouche du métro à proximité, d’ailleurs : le flot continu et contradictoire présage l’affluence en souterrain. Malmenée, salie, l’eau, quant à elle, stagnera le temps de son évaporation dans une cuvette usinée années après années dans la platitude bétonnée. Les êtres humains s’agitent mais échapperont-ils au même sort ? Nude Solaarr en doutait. Mais pour l’instant, au sec, il l’appréciait en s’apercevant qu’en dépit de l’agitation générale accélérée par le pas simili-trotté d’individus qui ne veulent pas se faire tremper, la pluie accrue et ses clapotis tamisaient presque le défilé urbain dans sa brume humide : apaisement zen du bruissement de l’eau, musique aquatique couvrant un orchestre plus hétéroclite, la pluie homogénéise l’amplitude des ondes sonores sous son seau. Seuls les sifflets de la cavalerie des carrefours venue à la rescousse parviennent à persiffler au travers de cette mise à plat.

L’ordre a (encore) rompu le charme ! Il retourne la tête vers cet espace qu’il a momentanément fait sien en attendant qu’un autre se l’approprie : un cercle de moins d’un mètre de diamètre, monté sur pied central, et sur lequel sont posés une soucoupe, une tasse, dont le café ou du moins les quelques gouttes qui y avaient été versées ont été ingérées, un stylo, une feuille, blanche surplombant une chemise épaissie par son contenu ainsi que quelques journaux ouverts et un livre qui n’en est à peu près qu’au tiers si l’on en juge par le marque-page de fortune inséré entre les pages. Finalement, ce pourrait être la table de n’importe quel homme de n’importe quelle époque. Mais en homme de son temps, même s’il trouve plus discret et plus créatif d’utiliser encore le papier et l’encre plutôt qu’un écran et quelques touches même pas alphabétiquement rangées, il faut ajouter à cet inventaire son i-Erry©… certes pas la dernière version, avec scan et décodeur satellite/TNT intégrés, mais ses autres fonctions suffisent amplement à déjà le rendre incontournable ! Et dire qu’à la sortie de l’iPhone, Nude Solaarr avait boudé cet appareil trop assimilé, dans son esprit, à la hype des Macs parisianistes « pimpant » dans la communication, la mode et les sphères médiatiques : le triumvirat autoproclamé de la tendance et du bon goût, et surtout de l’apparence, car approfondir leur mental pourrait se révéler bien désespérant ! Par la suite d’un changement un peu hâtif de téléphone, il s’était pourtant orienté vers ce portable informatique de poche parce que l’accès à ses mails, à Internet et aux plans de quartier que les applications proposaient lui étaient utiles. Et d’ailleurs, la fusion BlackBerry-Apple n’offrait qu’un choix très restreint à présent. Résultat : comme avec le GPS, il était devenu une valise se baladant d’une balise à l’autre. Ce constat ajoutait une pierre de plus à sa réflexion sur l’influence des technologies sur notre psychologie. Jeune, il pensait que l’utilité engendrait l’inventivité, que par la nécessité de résoudre un problème, une solution était affinée ; Plus tard, il s’en souvenait précisément, au cours d’une lecture sur la traite négrière et l’influence des constructions navales sur la réalisation du commerce triangulaire, il réalisa que la technologie primait les usages. Depuis, entre paranoïa et précaution de bon sens, il était resté d’autant plus vigilant à l’égard les évolutions technologiques dont on animait la dernière décennie. Ses arguments ne se voulaient pas intégrés aux débats couleur sépia entre progressisme et conservation, d’autant moins qu’il n’avait jamais vraiment compris les termes de cette joute autrement que dans les jeux de classification qu’opèrent les acteurs de la qualification à travers elle… Sans doute la formule est pompeuse et pas plus compréhensible réfléchit-il à ce moment. En fait, il ne s’agit que de jeux d’étiquettes : un nom, péjoratif, est apposé sur un « type » d’individu ou de comportement et à partir de ce moment, chacune des actions du type en question est interprétée (forcément négativement) à l’aune de cette étiquette… Mouais, pas sûr que l’explication rende plus claire la formule. A cette pensée, il sourit : ce sourire se dessine en rictus en coin sur la seule partie de son visage qui ne reste figée dans son expression de sévérité. Le rictus rentre sous la joue, comme si une brochette, ayant transpercé par le bas sa lèvre inférieure, était venue s’encastrer dans sa pommette en emportant l’expression de sa bouche. Ce pourrait être la grimace d’un hémiplégique ou d’un sadique qui, s’il fait souffrir quelqu’un, ne ferait souffrir que lui à force de vouloir « se faire comprendre » sans avoir jamais l’impression de trouver les mots justes… Les MOTS JUSTES, l’obsession de Nude.

Alors que les mots avaient eu un pouvoir immédiat sur Jean-Paul Sartre au travers des livres de son grand-père, Nude Solaarr y avait succombé sous leur esthétique orale : la tradition de Gil Scott-Heron et de The Last Poets, le slam, la dub poetry, les flows dévastateurs d’Antoine de Caunes à Gift of Gab, le beatbox, les freestyles a capella, les allitérations et assonances de Bobby Lapointe ou Raymond Devos lui avait fait redécouvrir la force de l’instrument inné de l’humain : sa voix. La scansion et les variations tonales se muant en lignes mélodique et rythmique magnifiées par un jeu de respiration, que les exercices de méditations ancestraux ne dénigreraient, avaient alors rendus les mots magiques. Au-delà de leur esthétique orale, ils étaient devenus eux-mêmes beauté sous la plume de Boris Vian et leur facette de mots-valises, sous celle de  Jacques Prévert et les doubles emplois qu’il maniait avec une telle malice, pointe qu’il retrouvait dans l’air bonhomme de ne pas dire d’un Georges Brassens,… La poésie des sens et des sons, la vérité cachée à laquelle l’étymologie, en fil d’Ariane, conduit. Les mots étaient devenues pour toutes ces raisons son « ennami » le plus intime, quitte à ne parfois s’entretenir qu’avec, que pour et que sur eux, car il reconnaissait au monde des lettres les spécialités militaires de chaque mot, la dextérité stratégique de l’état major syntaxique, les règles de fer confiées aux officiers de la conjugaison, en cargaison, et aux bérets rouges de l’orthographe en repérage avancé. Et pourtant, la plupart du temps, il n’utilise pas cette puissance armée et se contente de se faire comprendre : Avec les commerçants de tous poils, dont font partie les banquiers devenus entre-temps « conseillers de clientèle », le langage de l’argent reste amplement suffisant ; Avec l’administration, les papiers, même s’ils ne sont pas encore passés aux tests de falsification, sont plus crédités qu’un Pinocchio à face de carlin ; Avec les représentants politiques, les mains levées et les bulletins sont déjà bien assez difficiles à gérer (Si, en plus, il fallait prendre en compte la parole des participants, ce serait matériellement impossible ?) ; Avec les supérieurs, également, quand ils parlent du moins et mieux encore lorsqu’ils sont à court de bonnes idées, simplement se faire comprendre leur permet de briller par la mise en forme finale, leurs capacités de synthèse et donc leur management efficace de la réunion ; Avec les policiers, un hochement de tête était même préconisé ; La loi elle-même ne dit-elle pas que « tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous ?» ; Même avec ses amis, une parole prononcée est irréversible car s’entretenir (comme doit l’être l’amitié) n’est pas aisé. Les mots sont dangereux, c’est pourquoi se faire comprendre est plus usité : le flou de l’interprétation laisse toujours une porte ouverte pour redonner une signification plus agréable à une mécompréhension, alors que les mots vous condamnent à une faute de choix, de ton ou de spontanéité. Et paradoxalement, l’interprétation des miroirs sans reflets mis devant soi, que l’on nomme autrui, déforment les mots. Ainsi, la nuance peut immédiatement être assimilée à une contestation ou une pensée confuse car les mots ne sont jamais manichéens. De même, expliquer un phénomène s’assimile régulièrement à le justifier. Les mots sont dangereux et, pourtant, chacun en soule tout le monde. L’explication, peut-être, est à trouver dans leur enchevêtrement qui noie dans la quantité leur inepte débilité ou leur inadaptabilité… Il n’y a presque qu’avec les inconnus, hors cadres conventionnels, que se faire comprendre ne suffit pas… à chaque fois. Mais les risques (de la nécessité d’employer des mots) sont moindres d’avoir avec eux et au pire, ça ne dure qu’un temps : un mauvais moment à passer. Même le turfiste à l’index levé a bien du répéter sa commande quelques fois avant de se faire comprendre du tavernier d’un seul geste, j’imagine, se fait pour réflexion Nude Solaarr.

Mais cette parenthèse ouverte autour des mots et de la communication, et qu’il se plaisait toujours à ouvrir de manière quasi-pavlovienne dès que l’occasion se présentait, l’avait éloigné de sa réflexion initiale : l’influence des technologies sur notre psychologie. Sans se vouloir normatif quant aux technologies en tant que telles, il souhaitait surtout interroger les usages de masse que l’on développait depuis vingt années sans même s’interroger à propos des mutations que cela entrainerait dans nos sociétés et nos façons d’agir. Hors conséquences physiologiques, les ondes des téléphones mobiles, du wifi, des satellites, des lignes à haute-tension, des nuages de Tchernobyl, couteront chers à la sécurité sociale, il en est sûr. Mais, tout aussi certainement, ces coûts seraient équilibrés par les chiffres d’affaire générés par ces industries (vitales pour l’économie nationale, n’est-ce pas ?), et les cancers résorberaient au moins partiellement les questions des retraites et de la surpopulation. Délimitation de l’espace privé/public, articulation entre l’accès googlisé à une banque de données encyclopédique immédiatement accessible et la place de la mémoire, perception de la réalité, rapport nouveau entre l’espace-temps (réalité augmentée, 3D, virtualité,…) et la frustration, modes de sociabilité, usages parallèles que les industriels critiquent tout en en profitant, tel le téléchargement… ces questions ne sont posées que ponctuellement, selon le faisceau du spot médiatique avec lequel on souhaite orienter les regards et, ainsi, mettre dans l’ombre les autres questions pourtant associées. L’intronisation des technologies dans notre quotidien sans ces réflexions préalables lui laissait l’impression d’une expérimentation à échelle mondiale dont les rats de laboratoires n’étaient autres que les humains. Il ne s’agit pas ici d’une variante du principe de précaution. Avec cette « précaution », on nie une réalité sociologique que Bruno Latour a illustrée : la découverte naît des erreurs aussi bien, si ce n’est mieux, que de la recherche pointilleuse. Le risque, le dépassement de la raison, l’audace sont les moteurs de la vie, celle qui respire, se blesse, cicatrise, surmonte ses appréhensions. La précaution à tout-va ne conduit qu’à l’hygiénisme, l’aseptisation et l’immobilisme dans la peur. Inversement, l’R.O.I.-isme gestionnaire, établi en norme reine, a déjà trop souvent mené à l’insouciance sanitaire au profit du seul souci financier. Et lorsqu’il pensait à la « question sanitaire », il pensait également à la santé « sociale » (dont le chômage, le stress, la morosité, les insomnies sont partie intégrante si ce n’est centrale). Pourquoi n’y aurait-il pas de voie intermédiaire empruntable entre interdiction et roulette russe ? Par exemple, une réflexion plus responsable et axée sur les « effets secondaires » (après tout, cela n’empêche pas la commercialisation des médicaments) ou encore une procédure indépendante de surveillance et de tests sur des questions de « santé publique.» Cela prendrait plus de temps ? Tant mieux, l’être humain contemporain court après le temps et le refus de l’obsolescence et s’use à ce rythme plus vite également ! L’essoufflement s’entend. Le spectacle de l’autre côté de la vitre, les volutes qui s’évaporent dans le froid mordant par les orifices des gens qui (se) piétinent machinalement l’illustrent incontestablement.

panopticomm @ 17:38
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Projet de fiction littéraire 2.0 sur fond politique – Présentation.

Posté le Lundi 6 septembre 2010

Bonjour à tous,

C’est la rentrée ! Vous le saviez déjà ? OK. Mais aussi la rentrée littéraire. Ah ! Ça aussi, on vous en a rebattu les oreilles ? Re-OK. Il n’empêche que depuis quelques mois, il m’est venu, un peu comme une envie de pisser (l’expression est belle) une idée en tête… Mais où pourrait-elle venir, si ce n’est en tête ? Auteur d’une nouvelle que je n’arrive pas à finir (dans sa poésie finale), et que j’ai pour cette raison du mal à présenter, je me propose d’opérer de manière inverse cette fois-ci : écrire en flux tendu. Cette façon de procéder n’est pas dans mon style d’écriture puisque j’aime revenir sur ce que j’ai écrit, ré-agencer des morceaux comme un puzzle, écrire la fin avant de créer le suspens ou ce qui y mène. Mais par désir d’expérimenter une nouvelle façon d’écrire, par goût pour l’expérience (d’écriture, comme je viens de le dire, mais aussi et surtout quant au (non-)phénomène que cela peut engendrer), par souhait de confronter différents styles d’écriture à vos goûts, je me suis auto-persuadé que cette expérience serait enrichissante, quelle qu’en soit l’issue. Le concept de cette expérience est donc de construire une histoire à la manière des romans-feuilletons du XIXème siècle mais avec les outils d’aujourd’hui, à savoir l’armature web 2.0 qui permet une co-création et une interaction avec les lecteurs.

Le concept étant posé, comment le mettre en place concrètement ? Evidemment, ce sera sur ce blog. J’aurais pu en créer un autre pour l’occasion… mais à quoi bon ? Cela permettra également de connaître les centres d’intérêt (professionnels) et les humeurs de l’auteur et de les mettre, si jamais cela a du sens, en parallèle avec ce qui s’écrit. La suite sera donc présentée sous forme de posts développant quelques paragraphes ou un chapitre, selon l’inspiration, ma forme ou la charge de mon emploi du temps. En revanche, je pense qu’un rythme régulier est nécessaire. Je ne peux m’engager à une écriture quotidienne, mais un rythme de publication hebdomadaire me parait gérable (d’autant plus que j’ai un peu triché en avançant déjà sur quelques pages. Mais est-ce vraiment de la triche ? Pour réagir, il faut poser les premières pierres, non ? Qu’importe…) Il va de soi que je tiendrai le rôle de « force de proposition »… Et pourquoi pas sur des histoires parallèles partant d’un même point de départ ? Ce pourrait être intéressant.

La méthode envisagée consistera donc à soumettre mon projet de roman à votre analyse et critique (sur la trame, sur le style employé, sur les coquilles -- ce ne sont jamais des fautes… ou alors de frappe -- ou sur l’intérêt suscité par le passage proposé). Les commentaires sont là pour ça et peuvent être allègrement employés. A charge pour moi, de prendre en compte vos commentaires et d’adapter en fonction mon style et la trame, quand cela sera possible. Ne vous inquiétez pas pour la cohérence du style, l’effet patchwork peut être une caractéristique de l’écriture 2.0 (et bien des blogs, comme le mien qui porte bien son nom sous cet aspect : « Tout et/ou Rien », peuvent le justifier)… Et rien n’empêche de réécrire selon le(s) style(s) qui se dégagent certaines parties en en gardant l’histoire, voire en l’enrichissant. Certains pessimistes m’objecteront que cette incohérence se retrouvera dans l’histoire, notamment si des orientations différentes surviennent, ce qui est fort probable. Je n’ai pas abandonné mon libre-arbitre : mon but n’est pas de faire un feuilleton dont je serais juste le rédacteur (quoique rédacteur public est un métier à inventer dans l’ère de « l’opinion publique »)… Tout au plus, je ne puis m’engager qu’à deux versions (et pas trop tôt pour ne pas écrire deux histoires au lieu d’une), selon les commentaires reçus et leur pertinence. J’ai donc en tête un sujet qui, par exemple, ne peut pas être remis en cause. Quant à orienter les réponses vers les questions que je me pose, cela reste en suspens. Je verrai s’il y a besoin d’établir un mini-questionnaire (5 questions) régulier ou pas, selon la direction première que prennent les réactions… Et cela n’est pas prévisible.

Quel est donc le sujet proposé ? Pour éviter tout anachronisme et, peut-être, pour y superposer une touche sociologique, la trame se déroulera de manière contemporaine… ou presque, car pour aider à la compréhension qu’il s’agit bien de fiction, l’action prend place dans un futur proche : janvier 2012 (mois au cours duquel, si tout se passe bien, le feuilleton devrait trouver sa dead-line). Pourquoi cette période ? Parce que le thème investi est le champ politico-médiatique, dans un premier temps. J’ai déjà en tête une ligne directrice qui nous mènera vers un autre champ social, mais le tais pour le moment. 2012 sera l’année de la prochaine élection présidentielle en France. Comme c’est précisément autour de cet événement que je poserai le décor, je crois que pour respecter le caractère fictionnel, nous ne devons empiéter sur la réalité. Le fil rouge est de se mettre dans la peau d’un « arrivant » de la nouvelle génération dans l’arène politique, qui n’en maîtrise pas tous les codes. Il est pris dans un cirque médiatique qui devrait prendre son apogée lors du débat télévisé entre candidats de l’avant premier tour.

Est-ce crédible qu’un candidat inconnu au bataillon ait accès à cette élection ? Devant l’inflation de candidats, cela se produit déjà, à mon sens… Le caractère de ce personnage est d’une importance capitale pour l’histoire : un peu balloté par les événements, il n’en est pas pour autant totalement naïf. « Pas totalement », car tout son engagement prend sa source dans une utopie qu’il considère déjà plus ou moins comme telle. Mais contre le fatalisme, avec un certain cynisme et une méfiance certaine, il souhaite compenser son inexpérience par une énergie combattive débordante, seul caractère qu’il croit légitime. D’ailleurs, sa présence dans le cénacle des candidats à l’élection est due à un rude effort persistant. Il ne possède pas leur codes, ou ne veut pas y adhérer, il se (re)présente comme mal-aimé, concurrent non-désiré et sans cesse remis en question dans sa légitimité par différents procédés. Pourtant, s’il le vit ainsi, il ne prend pas le parti-pris de la victimisation et utilise la mise en accusation de l’interlocuteur et la mise en évidence des processus à l’œuvre dans l’échange pour désamorcer tant qu’il le pourra autant les bombes lancées à son encontre que les discours de bois… rompant ainsi, espère-t-il, avec les manières de faire en vigueur et établies en norme. Voilà ce vers quoi tend le personnage. Au-delà de l’histoire de ce personnage et des personnes parallèles ou qui lui sont associées, je vise la pensée unique, pas celle basée sur le bon sens (qui n’est pas forcément le sens commun) mais celle qui est suggérée à grand renfort d’exposition médiatique, imposée par focalisation des débats et des mises en scène.

A l’heure actuelle, je conçois la trame de ce feuilleton dans la veine d’un retour aux « sujets essentiels » (ou du moins que le personnage définira ainsi et qu’il tentera de défendre), aux questions mal-placées qui abordent des sujets délicats soigneusement évités… Mais ceci n’est qu’une note d’intention, tant qu’aucun mot n’est véritablement pos(t)é. Toutefois, j’invite toute personne à suivre ce feuilleton et à y participer par ses commentaires, car nul ne sait encore où cette expérience nous mènera… tout en espérant bien évidemment que celle-ci nous emmène vers des horizons enrichissants.

Bien à vous, et vous souhaitant bonne lecture !

panopticomm @ 16:22
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Du dosage dans le message publicitaire – Etude de cas de la publicité Century 21

Posté le Dimanche 5 septembre 2010

Certains secteurs d’activité ne sont, par nature, « pas sexy », pour reprendre une expression usuelle du secteur de la communication. Si ce n’était la preuve de son caractère éminemment superficiel du secteur et de la pertinence d’une approche freudienne des fondements de sa logique, nous pourrions considérer cette distinction comme une autre : d’un côté, ce qu’il y a de « sexy » et de l’autre, ce qui ne l’est pas… ou, en d’autres termes,  un monde partagé par la ligne de la séduction et de l’excitation. Ce n’est pas idiot : l’excitation est propre à réveiller et la séduction attire à soi. Donc, plus pragmatiquement, la communication se donne pour but, via le critère du « sexy », de susciter un besoin puis d’y répondre aussitôt en démontrant que le client a la solution la plus attrayante. Le problème provient, selon moi, de l’établissement de « normes de séduction » structurées et structurantes au sein d’agences de communication -- surtout parisiennes -- pour finalement aboutir à un formatage imposé à grand renfort de multidiffusions et d’autosatisfactions qui oublient parfois la diversité des traits de séduction et souvent les conséquences de l’excitation. Mais je referme la parenthèse sur ces généralités qui connaissent elles-mêmes leurs exceptions. Il est donc, écrivais-je, des secteurs d’activités par nature peu « sexy », dont l’immobilier qui est directement concerné par la petite étude de cas ici développée au travers de la publicité de Century 21.

La copy-strategy

Le ton employé lorsque l’objet de publicité n’est pas « sexy » tente la compensation dans quelques mécanismes fondés sur l’humour, le sentiment(alisme), l’esthétique (musicale et visuelle) ou/et la mise en lumière de moments de vie pour créer une certaine identification. Comme le conseillait Jeanne Moreau à Anne Parillaud, dans Nikita (1990) : « Il faut toujours sourire quand on ne sait pas. Cela ne vous rend pas plus intelligente, mais c’est plus agréable pour ceux qui vous regardent.»  Par analogie, quand on n’est pas sexy, il faut au moins véhiculer quelques valeurs positives. Cela ne rend pas plus excitant, mais c’est plus sympathique pour ceux qui vous regardent.

Bien évidemment, cette manière de faire ne fait que décaler le problème de la séduction sur un autre domaine. Le « sérieux » et l’« expertise » en valeurs fondamentales d’une marque sont souvent antinomiques au « sexy ». Et c’est précisément ce qui exclue de l’immobilier de ce champ, car il faut être concret : la personne qui s’adressera à une agence immobilière cherche un conseil en affinité avec ses besoins… et son budget. De plus, comme elle considère, à juste titre, cet achat comme non-anodin (elle y vivra et engagera un capital dont le montant empêche de se tromper d’autant plus qu’elle aura certainement contracté un prêt qui pèsera sur son budget sur plusieurs années), cette personne éprouvera le besoin d’une confiance certaine en la décision d’achat et, à travers elle, du conseiller qui aura opéré. La promesse que la communication mettra en avant dans ce secteur visera donc à rassurer le client avant tout et ce, quelle que soit l’enseigne vers laquelle il se tournera (et dans la réalité, le client s’adressera à plusieurs d’entre elles). Par ailleurs, comme toutes les agences immobilières, dans l’esprit des consommateurs, se valent à peu près (sauf mauvaise expérience passée) et comme les points distinctifs ne sont, à ce titre, pas immédiatement perceptibles, la différenciation sur laquelle jouera la publicité  - pour le jeu de séduction -- ne sera finalement qu’un « emballage » que le ton octroiera et que la preuve mise en scène devra appuyer. L’exercice L’objet de la communication, avec une telle analyse, ne sera donc pas vraiment de « convaincre » de la spécificité ou de l’unicité de l’enseigne-cliente (puisque le secteur dans son ensemble répond aux mêmes contraintes) mais, à la rigueur et a minima, la mémorisation pour que l’acheteur immobilier se dirige avec plus de réflexe vers l’enseigne qu’il aura alors en tête. L’exercice n’est pas aisé, reconnaissons-le, mais cela peut se faire plus ou moins correctement.

La concurrence

Je ne me suis pas livré à une étude de marché (ce que j’aurais fait si j’avais été planner stratégique mandaté par l’une ou l’autre de ces enseignes). En revanche, dans le cadre de ce décryptage publicitaire et de la critique que je développe ici, je me suis mis à la place du consommateur (chose que les conseillers en communication, la tête dans le guidon et aveuglés quant aux contraintes qui pèsent sur le plan de communication qu’ils ont à présenter, oublient trop souvent.

Trois noms viennent en mémoire, et dans cet ordre : Century 21, bien sûr, ORPI et Guy Hoquet. Pardon pour les enseignes oubliées mais sachez que ce n’est alors qu’une résultante de votre mauvaise communication ou visibilité. Avant de revenir sur notre cas, Century 21, je reviendrai donc sur la position mémorielle de chacune et la description synthétique des deux autres.

- ORPI : avant de regarder le clip publicitaire ci-dessous, je me souvenais d’une espèce de bâtiment qui grossissait de manière disproportionnée au cœur d’une ville. La base-line est « Numéro 1, pour votre bien.» Le jeu de mot des concepteurs-rédacteurs est simple et presque subtil tout en en imposant par la revendication de la place de leader du marché (ce qui est censé rassurer) : « votre bien » fait à la fois référence à votre « bonheur » et à votre « bien immobilier ». En guise de preuves, toute une série de chiffres peu mémorisables séparément mais installant l’impression d’importance, par l’accumulation,  est présentée tout au long du spot pour finir sur une promesse clairement adressée non aux acheteurs mais aux vendeurs : « Quand on vend son bien chez ORPI, ça se voit », et sur une pointe d’humour grâce au passage du plan dans un cockpit. Je précise également que ce spot est de 2006, dans un contexte où l’immobilier était cher mais se portait relativement bien. Il y a donc ici une grande cohérence même si, esthétiquement, je la trouvais à l’époque (et encore maintenant) faible voire un tantinet trop impérialiste en raison de ce bien qui phagocyte la ville.

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- Guy Hoquet. A côté de ce numéro 1, je ne me souvenais qu’à peine de Guy Hoquet. Le manque de visibilité sur les écrans et, à la relecture de leur spot (ci-dessous), je pense comprendre pourquoi : rien n’y est expliqué : « Prenez la Guy Hoquet attitude », c’est-à-dire : souriez, faites avec vos bras un toit au-dessus de vos têtes (réaffirmant le logo) et sans avoir peur des auréoles, même en courant, et ayez ainsi l’air d’un con… mais un con heureux. Le pastiche de la musique de Dutronc (Et moi, et moi, et moi) en « et toi(t), et toi(t), et toi(t) » est plutôt de mauvais goût. Bref, je ne perdrai pas plus de temps sur la médiocrité de cette communication (qui devant le peu d’efficacité que je suppute n’a en effet pas du remotiver les membres du réseau à réinvestir). Et la série de spots web en 2008 jouant sur les valeurs de l’évolution de vie (de la déclaration à la famille en passant par la naissance) ou la tecktonic pour combler l’effet de mode, ne rachèteront pas le kitch où s’enlise la marque du point de vue de la communication.

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A quoi reconnaît-on un conseiller Century 21 ?

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Qu’est-ce qui m’a motivé à écrire cet article et à prendre ces publicités en cas d’étude ? Pas mon désir ni même l’intention d’une opération immobilière, mais une conclusion que je pensais peut-être être le fruit d’un esprit un peu mal tourné : Lorsque j’associais les scénario des spots à leur conclusion : « On reconnaît tout de suite un conseiller Century 21 », je me disais à chaque fois que « oui, on le reconnaît à son autisme professionnel et le fait qu’il réponde à côté de la plaque ou énonce une suite de stupidités qui, aussi techniques soient-elles, le deviennent par leur hors-propos.» Puis j’ai lu sur ce blog que, si esprit mal tourné j’avais, il semble être partagé et finalement assez logique.

Toutefois, la question se pose de savoir s’il s’agit d’un second degré mal réussi ou bien d’une incompréhension de ma part. Dans les deux cas, le plan de communication (et avec toute la conscience que l’exercice n’est pas facile, comme je l’écrivais) me paraît loupé. Mais pour ne pas en rester aux apparences, penchons nous un instant sur ce plan. Le ton employé est le second degré. J’imagine le créatif qui a trouvé amusant d’introduire de l’absurde dans un dédale d’arguments techniques qui prouvent la maîtrise du sujet par l’acteur incarnant le conseiller Century 21. L’idée est en effet intéressante et, vu le secteur, le ton est différenciant, c’est certain. De plus, s’agissant d’un réseau d’agences franchisées, il n’est pas sot de mettre l’accent sur les conseillers et non sur l’enseigne (qui se revendique, elle aussi, numéro 1 dans le monde… en nombre d’agences ?). Bien évidemment, la base-line : « Qui s’y connaît aussi bien ? » implique en valeur fondamentale l’expertise et suggère la position de leadership technique que les arguments évoqués par les acteurs lors des spots viennent prouver. Donc, le plan de communication serait finalement plutôt bien pensé.

Alors d’où vient cette impression de loupage ou cette envie de se moquer du conseiller Century 21 en le confinant à une position de crétin ? Est-ce moi (et tous ceux qui se sont fait la même réflexion) qui manquont d’humour ? Etant personnellement hilare devant l’absurde et adorant l’ironie, je ne le pense pas. Je pencherais plutôt pour un manque de nuance qui fait du ton employé un exercice déséquilibré. En effet, l’absurde mal dosé devient grotesque et l’ironie mal employée, une lourdeur (comme le renforce leur site temporaire). En l’espèce, la technicité des conseillers Century 21 provoque non par l’admiration de ses interlocuteurs mais leur incompréhension : là pèchent ces films publicitaires. Plutôt que de s’attarder sur les réactions interdites des interlocuteurs, le réalisateur et le(s) scénariste(s) auraient, à mon sens, mieux fait de consacrer ces dernières secondes à un « retour à la réalité » du conseiller. Dans le premier spot, en souhaitant que la chèvre redescende du toit, dans le second, en coupant sur un fondu avec un début d’explication pour aller vers la rue demandée et, dans le troisième, par un père qui prenne sa fille par l’épaule et l’invite à s’amuser avec lui et avec la maison que la grand-mère vient d’offrir. C’est plus sentimentaliste, je le reconnais mais beaucoup moins autiste et aurait rajouté à la notion de sens du service les conceptions de prise en compte des besoins de ses interlocuteurs et de sympathie, faisant de ses arguments techniques non plus un autisme mais un réflexe compensé par sa sympathie…

Le « dosage » et la nuance sont des qualités qui se perdent à tous niveaux. Dans les agences de communication, d’après mes expériences professionnelles, cette évolution m’a paru malheureusement d’autant plus sensible : pris par le temps et par un certain égotisme auquel l’autosatisfaction énoncée en introduction renvoie, provoquant finalement un climat où la nuance n’est plus considérée que comme chipotage, les communicants risquent de s’enfermer dans une immondice de caricatures et de campagnes inefficaces que ces dernières années semblent déjà confirmer. N’y voyez dans cet avertissement aucune accusation belliqueuse mais bien une voie de réflexion pour ne pas nous couper l’herbe sous le pied… d’autant moins quand cela entraîne les clients dans cette spirale peu enviable. J’ajouterai néanmoins que, même si je n’ai pas présenté ici l’évolution de la communication dans ce secteur depuis les années 90, force est de reconnaître qu’elle a bien évolué. Moi aussi, je m’applique cette règle du dosage !

panopticomm @ 22:58
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Investissements publicitaires des éditions musicales en radio et télévision

Posté le Samedi 17 juillet 2010

Cercle vertueux / Cercle vicieux. L’investissement dans la communication est un bon indicateur puisque le premier poste ou budget « coupé » est celui-ci en cas de difficultés financières (puis celui des ressources humaines).

Selon le rapport annuel de l’Observatoire de la musique (établi sur un panel de  18 stations de radio et de 31 chaînes de télévision), le cercle vicieux du secteur de la musique se confirme à nouveau : les investissements publicitaires du secteur des éditions musicales sont de nouveau en baisse cette année (-12,5% par rapport à 2008), même s’ils représentent encore 201,60 Millions d’euros.

Cette baisse est d’autant plus remarquable que les investissements publicitaires tous secteurs confondus (dont le secteur des éditions musicales en radio et en TV ne représentent plus que 2,1%) sont, eux, en augmentation par rapport à 2008 (+ 5,4%).

La force de frappe des indépendants, dans leur globalité (et donc avec les « gros indépendants ») et même en légère augmentation (+1,8 point), représentent 10,4% des investissements publicitaires opérés dans le secteur, soit à peine plus que le moins investisseur des éditeurs-majors (EMI : 10,1%). Pour compléter ce pourcentage, et mieux se rendre compte de l’inégalité, je préciserai qu’Universal représente 38,3% de ces investissements, Warner : 26,3% et Sony : 14,8%).

L’objet de ces investissements publicitaires est principalement et plus encore cette année, axé sur la promotion des albums (73,4%). Conséquence de la multiplication mensuelle des projets, de la chute des achats que certains espèrent compenser par la visibilité, de la difficulté d’entrer en playlist de certaines radios ou chaines télévisuelles (sans que l’on sache à présent qui est l’œuf et qui est la poule entre ces baisses d’investissements et ces difficultés à entrer en playlist), de l’amenuisement de la diversité sur les ondes,…

En effet, on se rappelle qu’au MIDEM, le grand salon international de la musique qui se déroule chaque année à Cannes, il a été question d’un « contexte média épouvantable » (dixit Vincent Frèrebeau, président de l’Union des producteurs indépendants -- UPFI) que le Syndicat national des éditeurs phonographiques (Snep) ou un de mes précédents articles sur la diversité musicale dans le paysage radiophonique confirment : toujours plus de « talk shows » et moins de nouveautés françaises programmées en radio, une concentration des diffusions sur un nombre limité de titres qui tournent en boucle et remplissent à eux seul le quota obligatoire de chansons francophones imposées aux radios… quand ces dernières ne sont pas programmées à des heures de faible écoute. Il en est de même pour la télévision, comme nous l’indiquions : musique est quasi absente du prime time (excepté le Grand Journal, avec pourtant une réelle valeur prescriptive qui devrait inciter d’autres émissions à y réfléchir). L’exemple de Taratata, qui perd de plus en plus de sa superbe en symbole du « ghetto cathodique », pour reprendre l’expression du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand : la découverte y est de moins en moins représentée au profit de têtes d’affiche internationales plus à même ( ?), au moins par hypothèse, d’assurer un audimat satisfaisant. Moins de visibilité, moins de ventes du répertoire francophone (-6,2 %) -- recul d’autant plus sensible que le répertoire international a progressé (+ 5,2%).

En télévision 

Ce média capte 69,5% investissements publicitaires (140,04 M€, soit une baisse de -9,4% par rapport à 2008).

Sans grande surprise, TF1 et M6 demeurent les chaines dominantes, captant respectivement 51,3% (soit -1,3 point par rapport à 2008) et 27,7% de parts de marché (-0,8 point). Toutefois, TF1 connaît des courants contraires selon les éditeurs : alors que Universal a augmenté ses investissements sur les chaînes hertziennes (+15,9%), réservant 51% de ceux-ci à TF1 (+5,7 points), Sony et EMI s’en désengage baissant respectivement leurs investissements de -52,2% et de -44,2% et surtout sur TF1 (-60% et -54,7%)

Mais à côté, parmi les chaines hertziennes, les recettes publicitaires des chaînes publiques (hors partenariat) font figure de parents pauvres : 2,3% de part de marché pour France 2 (-0,4 point) et 1,2% pour France 3 (+0,5 point).

Quant aux chaînes du câble-satellite et de la TNT, la part d’investissements augmente globalement (+1,9%) et notamment sur les chaines TMC (2%, +1,6 point), W9 (3,3%, +0,8 point) et NRJ 12 (2%, +0,7 point). D’ailleurs, les indépendants ont renforcé leurs investissements sur ces chaines, notamment sur France 4 (7,7%, +1,6 point) et W9 (4,1%, +1,7 point). Enfin, pour être complet, nous devons souligner aussi que d’autres chaines du bouquet se positionnent vers les indépendants. C’est le cas de Virgin (groupe Lagardère) qui a annoncé au MIDEM la création d’un « Top Indé » : un classement hebdomadaire des meilleures ventes de musique enregistrée sous labels indépendants avec en sus émission annuelle sur Virgin 17décernant « Le Top indé de l’année ». Même si je ne peux que me satisfaire d’une telle annonce (en tant que membre de la branche indépendante), je soulève parallèlement une pointe de regret : il n’y a pas de musique indépendante ou de major, il n’y a que de la bonne musique (sur plusieurs critères : qualité des compositions, originalité, techniques employées, univers véhiculé,…) et de la mauvaise. Qu’on réserve aux indépendants un statut à part n’est pas enviable et serait absurde si l’absurdité des logiques actuellement à l’œuvre ne la justifiait pas (mais ceci est une autre histoire.) Qui plus est, la chaîne Virgin 17 étant rachetée par Bolloré (pour un montant proche de 70 millions d’euros), il y a fort à parier que ces effets d’annonce n’en resteront qu’à ce stade : bien que le groupe annonce que la chaîne gardera une forte couleur musicale, il annonce également vouloir « accompagner les producteurs de musique » de manière différente, en renégociant la convention actuelle qui « n’est plus en accord avec la réalité… » A suivre donc.

En radio :

J’aillais commencer ce paragraphe par « il n’est plus secret que les audiences des radios hertziennes ne sont pas au beau fixe.» Pour éviter les fausses évidences, je me suis donc pencher sur les chiffres disponibles et officiels de Médiamétrie (même si leur méthode de calcul est critiquée et critiquable depuis des années). Cela donne au moins quelques tendances :

Alors que sur le premier trimestre 2009, quelques titres annonçaient une embellie avec les 43,04 millions d’auditeurs (de 13 ans et plus) par jour pendant la semaine -- soit un « gain » de 734.000 auditeurs de plus par rapport à l’année précédente -, et qui minimisait la légère diminution, concomitante, de la durée d’écoute (dont la moyenne serait désormais de 2h55), sur le second trimestre de l’année, le total aurait chuté à 42,11 millions de personnes. Ces chiffres paraissent énormes mais sachez que sont comptabilisées les personnes ayant écouté la radio au moins une fois dans la journée (05h-24h)… Donc je vous laisse jugez de la pertinence de ces chiffres (hors valeur comparative).

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D’après les chiffres ci-dessus, on constate donc que les radios dites généralistes tiennent le haut du pavé, hormis France Info (toujours en léger repli et on le comprend par la multiplicité des sources d’information), classée par Médiamétrie dans les chaînes thématiques. RMC avec ses 6,4% d’audience cumulée, vient se placer dans le Top 10 en neuvième position et France Bleu juste avant. Pour compléter ce Top 10, il faudrait ajouter dans l’ordre Skyrock (n°6), Fun Radio (n°7) et Nostalgie en queue de classement.

C’est donc dans ce paysage radiophonique que les investissements publicitaires (61,56 M€ en 2009 soit une baisse de -18,8% par rapport à 2008) sont effectués… ce qui est peu étonnant quand on sait que EMI, par exemple, a réduit ses investissements publicitaires de -50,1% sur les chaînes musicales. Ces derniers ne représentent que 30,5% de l’ensemble des investissements publicitaires du secteur des éditions musicales en TV et en radio, alors que la radio est a priori le média musical privilégié.

Les « gros » éditeurs, cherchant la plus forte visibilité et la différenciation stratégique, investissent donc majoritairement sur les radios généralistes (+10,1% par rapport à 2008), dont RTL (Universal, Warner et EMI) en leader croissant (+4,3 points) puis Europe 1 (Universal, Sony) captent une grande partie. Dans la même veine, parmi les radios musicales et thématiques, Skyrock (Warner, Sony) et Radio Classique (Sony et les indépendants -- à hauteur de 64,7% -- sont aussi en progression : respectivement, 19,8% (+5 points) et 17% (+2,1 points). Bien évidemment, ces progressions se font aux dépens d’autres radios comme RMC (-1,2 points), NRJ (-8,9 points, avec ses 10,9% des recettes publicitaires des radios dans le secteur des éditions musicales) et Fun Radio (-3,7 points, avec 4,6% des recettes publicitaires).

Comme cela fait beaucoup de chiffres, retenons pour simplifier (car il y aurait aussi beaucoup à dire sur les pratiques des régies publicitaires aussi), que les investissements publicitaires des éditeurs indiquent l’amenuisement de la diversité culturelle (tant musicale que médiatique car les « autres médias », pourtant nombreux, ont du coup une vie très incertaine également dont la concentration des investissements publicitaires sur les médias « traditionnels » n’aide pas aux évolutions nécessaires pour leur développement).

Dans la même veine du manque de l’amenuisement de la représentativité musicale, nous avons le regret de vous faire part de la rumeur d’arrêt de l’émission Système disque (animée par Valli, le vendredi à 22h) qui présentait l’actualité des albums sur France Inter pour l’année prochaine. Cette émission existait depuis 2002 et permettait l’ouverture de débats autour des nouveautés musicales et la création contemporaine en matière de rock, de pop, d’électro, de rap ou de chanson française. Ce qui est en soi un excellent principe, d’ailleurs défendu par une pétition.

La radio de rattrapage, sur Internet : « catch up radio »

Or, les émissions de radio ont à présent une seconde vie grâce à Internet si l’on en croit l’étude Médiamétrie de janvier puisque, par rapport au mois précédent, les programmes podcastés (téléchargés après diffusion) auraient bondi de +21% avec 15,28 millions de téléchargements d’émissions (dont 30% à l’étranger, ce qui a son importance).

Notons au passage que Médiamétrie-eStat a commencé à mesurer le marché des programmes radios sur Internet écoutés en différé en novembre et ne prend pas encore en compte l’entière totalité du flux. Sur la méthodologie (par « tag »), (a) les podcasts sont mesurés en comptabilisant tous les appels de téléchargements des émissions disponibles en podcast à l’unité ou à l’abonnement et (b) le streaming différé est mesuré en fonction de la durée des sessions d’écoute. Les premiers résultats sont les suivants : 13,23 millions de podcasts et 181.625 heures écoutées en streaming (dont le tiers concerne des programmes de sport, suivis de près par de l’information).

Dans le top 3, deux stations du groupe public Radio France figure sur le podium des radios les plus podcastées : France Inter (4,5 millions de programmes podcastés vs. 3,73 millions de téléchargements lors de la première mesure) et France Culture (n°3 avec 2,34 millions vs. 2,01 millions). Entre les deux, vient se placer Europe 1 (4,4 millions vs. 3,66 millions). Parmi ces stations, quelques émissions ressortent du lot, dont les « Humeurs » de Stéphane Guillon et Didier Porte que je me permets de souligner en raison de l’actualité récente qui les a touchés. Preuve qu’il s’agit d’une décision politique (interne à la radio au moins) plus que d’une décision économique. Comme quoi, quand on le veut, les logiques invoquées peuvent évoluer…

Alors que RMC arrive en tête en streaming avec 98.000 heures d’écoute (deux fois plus que son challenger principal : France Info), cette station est classé en cinquième position en téléchargements (1,07 million), derrière RTL (2 millions). Si cette différence peut surprendre, elle est expliquée par le fait que les podcasts se gardent et que l’on préfère conserver sur son disque dur des sketches. Ainsi, programmes de divertissement (les plus téléchargés comme l’indique le tableau ci-dessous) sont les moins regardées en streaming.

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Internet

Internet, par limitation du rapport à la télévision et à la radio, échappe à ces calculs d’investissement, même s’il me semble (à confirmer donc) qu’Internet a su attirer des investissements croissants et ce, de manière exponentielle.

Faute de prendre le temps de rechercher ces informations (les vacances seront les bienvenues), je me permettrai seulement de me faire l’écho synthétique des propos de Bernard Miyet, président du directoire de la Sacem, tenus le 23 juin dernier dans Le Monde : contrairement à l’image que cultivait originellement Internet en tant qu’outil sans pareil au service de la diversité (grâce à la théorie de la « longue traîne »), la Toile est en effet devenu un lieu de foisonnement créatif mais qui, souffrant de sélection et d’éditorialisation, le perd dans un magma indéterminé (et infini).

« En contrepartie de cette atomisation de l’offre, on assiste à une hyper-concentration des consommations culturelles du public. Sur un service leader de musique en ligne, en 2009, à peine dix œuvres ont été téléchargées plus de 25 000 fois. Et 20 millions d’œuvres n’ont été téléchargées qu’une seule fois -- je vous laisse imaginer quel bénéfice leurs créateurs tirent des haillons de cette interminable traîne ! »

« Loin de favoriser la diversité culturelle et le renouvellement de la création, Internet tend donc à renforcer l’hégémonie des répertoires les plus connus et les plus diffusés, et à uniformiser encore un peu plus la consommation culturelle, notamment des générations les plus jeunes, au détriment des créations locales. Il ne s’agit pourtant pas d’une fatalité.»

Partageant ce point de vue, je m’associe donc à Bernard Miyet au sujet du constat. Celui-ci propose de favoriser la diversité par une politique culturelle volontariste axée sur l’offre : réglementation de la diffusion, quotas, réflexion sur l’exposition des contenus, en se calquant sur les méthodes employées dans l’industrie cinématographique. « Une telle régulation reste à inventer pour le secteur musical, en agissant globalement sur l’ensemble des médias. Les chantiers ne manquent pas ! »

J’avais effectivement, de mon côté, déjà mené cette comparaison. En effet, le DVD et le CD étant deux supports physiques basés sur la numérisation du contenu, je m’interrogeais sur la différence de destin que l’une et l’autre industrie connaissaient. Ma conclusion partielle m’avait alors amené à formuler l’hypothèse que le cinéma bénéficiait d’un « environnement de consommation » spécifique : la salle de cinéma offre un écran sans commune mesure chez les individus, un son dolby qui peut-être compensé à présent par les home cinemas, une assise plus ou moins confortable, le synopsis et les extraits qui le sous-tendent orientent le choix qui sera mené par le consommateur, maintenant la 3D… qui donnent à la consommation cinématographique une valeur ajoutée incomparable avec d’autres modes de consommation. De fait, le téléchargement des nouvelles sorties ne peuvent concurrencer la consommation légale. En comparaison, la musique ne présente pas pour le consommateur les mêmes spécificités : en premier lieu, l’omniprésence musicale dans les différents lieux de fréquentation, la radio, la qualité améliorée des fichiers mp3 font de la musique un objet de « consommation » (assimilée à l’écoute) gratuite courante. Sous cet aspect, la culture de la gratuité (et du piratage qui peut en découler) est logiquement plus développée dans ce secteur. D’autre part, même lorsque le cinéma atteint la sphère individuelle (télévision, fichiers audio-vidéo), il nécessite une attention que la musique ne motive pas nécessairement (ne serait-ce que par le regard porté sur l’écran alors que la musique accompagne diverses activités). De plus, même si la place de cinéma représente un budget élevé, le consommateur sait pour combien de temps il s’engage et qu’il lui est loisible (d’autant plus grâce au système de cartes et de multi-séances hebdomadaires) d’opérer une sélection moins exclusive que ne l’est un concert, par nature plus « unique » : la salle de concert où se produira l’artiste (jusqu’à ce qu’il est le don d’ubiquité) n’est pas aussi proche géographiquement ou même sélectionnable que la salle de cinéma où on désirera se rendre… La comparaison entre les valeurs ajoutées des consommations cinématographique ou musicale comporte donc un nombre important de différences infrastructurelles qui justifient une approche tout aussi différente de l’un ou l’autre des secteurs.

Ainsi, alors que le téléchargement se porte plus sur la vidéo que sur la musique, la fréquentation des salles de cinéma se maintient voire progresse alors celle de la musique (concerts ou CDs) suit une courbe décroissante. Le secteur de la musique joue de la rareté et se trouve donc d’autant plus touché par la mise à disposition de ses productions à un grand nombre. Si, par conséquent, je m’accorde avec Bernard Miyet sur la nécessité de repenser les rapports avec les médias, j’aurais aussi tendance à vouloir balayer devant notre porte aussi en repensant le statut de la musique et les modes de « consommation » envisagés vers une valeur ajoutée plus identifiée. Bien entendu, il ne s’agit que d’un programme de réflexion et non de solutions précises… Mais dans le cadre d’un article sur les investissements publicitaires, cela nous emmènerait vers le hors-sujet que nous avons déjà caressé par ces dernières réflexions.

panopticomm @ 14:00
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La pige, qu’est-ce que c’est? Me, Myself & My Pe(i)n(e)

Posté le Vendredi 2 juillet 2010

Clé du marché de l’emploi : donner leur chance aux candidats.

Trentenaire au parcours diversifié et plutôt enclin à l’opportunité (on en est tous plus ou moins là), je pense avoir trouvé la profession avec laquelle je partage et la multiplicité des centres d’intérêt et le  goût pour l’écriture et la mise en forme des idées : le journalisme. Sans tourner à la lettre de motivation, ce choix d’orientation n’est donc pas la simple suite logique d’études mais bel et bien mûrement réfléchi et ancré dans une  affinité personnelle. Et maintenant que je sais vers quoi me diriger, comment puis-je agir pour exercer cette activité (et en tirer un revenu) ?

Comme je suis à la recherche d’un emploi (ce qui ne signifie plus forcément inactif de nos jours), j’ai pu bénéficier des bons conseils d’un interlocuteur du Pôle Emploi. En dépit de toute sa bonne volonté, évidente, je retiens surtout de ses conseils les multi-profils de mon espace personnel sur le site de Pôle Emploi et le bénévolat (que j’ai déjà entrepris avec le site 90bpm.com). Pardon s’il est une donnée que je n’ai pas intégrée mais, comment peut-on envisager le bénévolat pour un individu en fin de droits et qui vise l’objectif d’un emploi (et donc un salaire) ? Certes, je comprends bien évidemment la logique qui consiste à se faire connaître par son travail et ainsi créer du réseau et des opportunités nouvelles, mais n’est-ce pas marcher sur la tête (encore une fois) ? Donnez et Dieu vous le rendra ! Dieu est ici le recruteur et n’a toujours pas répondu à la question : « Quand ? »

D’après mon « expérience de chercheur… d’emploi » et mon incursion en CDD dans la communication en ressources humaines, je crois cerner une lacune française (et les règles législatives n’y sont pas étrangères) : On ne donne plus sa chance à quiconque ! Je n’évoque pas ici les discriminations (réelles : mon passage du 78 au 93 a aussi été ressenti, et encore : je suis clair de peau) mais les logiques en soubassement du marché de l’emploi. Quand j’écris qu’on ne donne plus sa chance à quiconque, je cible principalement le fait que le recruteur est timoré. La complexité administrative, les charges salariales, les conditions de fin de collaboration si celle-ci ne s’avère pas concluante, l’obsession d’un retour sur investissement rapide qui implique une personne directement opérationnelle au poste à pourvoir et j’en passe, sont autant de freins à la décision de recrutement et à la tentative. Certes, il existe la période d’essai, mais celle-ci n’a plus que le nom pour incitation. A présent, le candidat doit avant toute embauche, devenue Saint-Graal, « prouver » par son parcours et ses expériences qu’il conviendra presque point par point aux exigences demandées. De fait, les jeunes diplômés ont déjà plus de difficultés pour cet apport (les obligeant à des stages ou des postes « junior », sous-rémunérés). Egalement, on en arrive à des annonces « à plusieurs vies » : bilingue, maîtrisant les outils informatiques jusqu’à PhotoShop voire des notions en java ou en flash, communicant ayant le sens de l’analyse (marketing et sociologique), bon relationnel commercial et managérial,… l’annonce-type du « planner stratégique », mon métier d’origine. Mais, messieurs/-dames, vous rendez-vous compte que chacune des compétences poussées que vous requérez pour être sérieuse ou valorisable, pourrait constituer un pan de carrière à part entière ? Cette dernière remarque tient juste lieu d’illustration pour entériner l’idée que le candidat qui espère être recruté doit se faire certitude avérée par patte blanche. Dans ces conditions, le droit individuel à la formation et le rôle formateur des entreprises s’effacent au moins dans l’ordre des priorités. Un employé peut ainsi faire une vingtaine d’entreprises sans évoluer, confiné aux mêmes activités mais dans différentes entreprises selon leur besoin momentané. L’évolution professionnelle était la clé de l’effort du salarié. A présent, c’est la peur (celle de perdre leur emploi et de connaître les difficultés financières qui en découlent) qui les met au turbin. Ensuite, on s’étonnera de la baisse de motivation des salariés…

Conception de la « pige »

Et puis, soyons honnêtes, prôner le « don de la chance » m’arrange bien en ce moment. En effet, malgré ma bonne connaissance sociologique du secteur journalistique, mon expérience dans la communication (et son interrelation avec la presse), mes missions de promotion auprès de journalistes, je ne peux revendiquer pour tout carnet de ma plume que les chroniques et gros plans que 90bpm.com a publié (et ce blog ? Partiellement peut-être). Les retours ont été positifs de la part des lecteurs, des promoteurs et des artistes -- J’en profite d’ailleurs pour les remercier de leurs critiques. Je considère en effet que si le chroniqueur (culturel) critique une œuvre, alors il doit savoir motiver son avis, donc comprendre ce que l’artiste propose (en s’informant) et donner à ses lecteurs l’exact rendu de ce qu’il a compris. Il peut se tromper mais doit alors accepter les remontrances que l’on lui fera. A charge pour lui de nuancer par la réflexivité sa propre perception et de la surligner. Voilà comment je conçois cette activité de pige ou de journalisme : informer, vérifier, aborder le sujet d’un point de vue pertinent avant tout et original si possible.

C’est ici aussi la démarche que j’emploie. Le journalisme est en pleine mutation, ce n’est pas une découverte. La concurrence du web a accru ou engendré la baisse des ventes, donc le revenu (direct ou publicitaire) ce qui a obligé à un nouvel équilibre financier touchant jusqu’au fonctionnement salarial des rédactions. Ce portrait est rapide et partiel mais amène au sujet de cet article : les rédactions. Et comme je ne peux espérer de suite une place de journaliste attaché à une rédaction et comme je ne le désire pas non plus pour le moment, je me suis intéressé aux pigistes et leurs rapports avec les rédactions pour savoir comment agir au plus efficace.

Bien que les pigistes soient rarement visibles (un petit schéma des fonctionnements d’une rédaction destinées aux  Juniors mais publié sur le site du Sénat le montre très bien), il semble que ces dernière années leur nombre ait explosé (de 9,6% des détenteurs de la carte de presse en 1990 à 18% aujourd’hui -- touchant plus encore les femmes et les jeunes -… Et nous ne comptons que des professionnels de l’information détenteurs de carte de presse, ce qui en exclut un certain nombre pourtant actifs). Le Groupe Marie-Claire, par exemple, d’après un article publié par L’Humanité, comptait plus de sept cents pigistes contre moins d’une trentaine de journalistes en CDI.

D’où provient une telle progression qui fait des pigistes la masse des journalistes en France ? Choix d’indépendance, passage obligé de jeunes journalistes (alors que le cadre d’une rédaction pourrait au contraire affiner ses méthodes et lui offrir un environnement global qui lui permettrait par la suite de diversifier ses collaborations… mais nous revenons ici à un problème plus structurel, énoncé précédemment et que nous récapitulerons lapidairement par l’expression « tête à l’envers »), armée de réserve plus ou moins au rabais pour les rédactions qui font appel à des pigistes au lieu de créer des postes de salariés à temps plein,… Les sources sont multiples.

Le pigiste semble souffrir en tout cas de déconsidération, au point qu’une réelle lutte est entamée avec les « patrons de presse », comme l’indique le Communiqué de presse du Syndicat National des Journalistes à l’appui des pigistes du 26 juin 2009 :

Objet : Opposition au « protocole d’étape » concernant les journalistes pigistes poursuivi par les organisations patronales de la presse écrite.

Argumentaire :

1. Faire accéder les journalistes rémunérés à la pige à leurs droits légaux et conventionnels n’est pas un progrès : depuis 1974 [Loi "Cressard"], certains employeurs appliquent sans difficulté tous ces droits ou, à défaut, la justice les met face à leurs obligations. Comme, par exemple, la prise en compte des journalistes pigistes dans le calcul des effectifs, ou le paiement des primes d’ancienneté sur l’intégralité du salaire, quand aucun barème de pige n’existe. A ce propos, il est précis que les négociations sur un barème minimal de piges ont été systématiquement interrompues ces dernières années du fait de la partie patronale.

2. Effets pervers du « protocole d’étape » : La prime d’ancienneté, que les organisations patronales mettent volontiers en avant, est parfois intégrée dans le tarif de pige au lieu d’être ajoutée au salaire de base. Certains employeurs se contentent ainsi de la faire apparaître sur la feuille de paye sans rien changer à la rémunération finale. D’autres tentent de contourner l’obligation conventionnelle de maintien du salaire en cas de maladie, maternité et accident du travail, en renvoyant les journalistes concernés vers un régime de prévoyance conçu pour le décès, l’invalidité et la longue maladie. Les dispositions légales sont donc remises en causes.

3. Le Syndicat National des Journalistes, première organisation de la profession, dénonce ce double langage permanent des patrons. Il met la profession en garde contre toute application de ce protocole dont il espère l’invalidation (il est attaqué en justice par le SNJ, le SNJ-CGT et le SGJ-FO qui, à eux trois, représentent près de 74% des suffrages aux récentes élections à la Commission de la carte).

Questions en suspens : Pourquoi n’ont-elles pas paraphé plus tôt l’accord sur la formation, longuement négocié et signé dès 2007 par les syndicats de journalistes ? Pourquoi tant de retard à désigner leurs représentants dans la commission chargée d’examiner les dossiers de formation présentés par des journalistes pigistes ?

On le constate, les revendications se concentrent sur la reconnaissance des droits, sur la lutte contre la précarisation des pigistes et pour la valorisation de ce métier. Pour couper avec l’image du tâcheron qui ignore ses droits, les pigistes s’organisent (par organisations parallèles apparemment), ils rompent avec leur concurrence structurelle (beaucoup trop de journalistes pour la demande) pour se faire visible, comme à travers cette  pétition de pigistes en colère lors des dernières élections présidentielles. Le résultat est peu probant !

Le fait est que si les organisations patronales sont dénoncées par les syndicats, les pigistes, avec ou sans carte de presse, au sens large donc (caméraman, preneur de son, correcteur,…) dénoncent le corporatisme des syndicats pour les pigistes sans carte de presse surtout.

Les droits des pigistes

Ainsi, la silhouette du pigiste se dessine : maigre et mal vêtu, quémandeur d’une rémunération en échange d’un papier. Pourtant, il n’est pas nu et totalement esseulé. Il existe une jurisprudence de la Cour de cassation (Affaire Béthune (journaliste-pigiste) contre son employeur, un quotidien de la région Nord-Pas-de-Calais) :

«  Si, en principe, une entreprise de presse n’a pas l’obligation de procurer du travail au journaliste pigiste occasionnel, il n’en est pas de même si, en fournissant régulièrement du travail à ce journaliste pendant une longue période, elle a fait de ce dernier, même rémunéré à la pige, un collaborateur régulier auquel l’entreprise est tenue de fournir du travail.»

« La régularisation des paiements sur une longue période (3 ans en l’espèce) atteste du caractère constant du concours apporté à l’entreprise de presse. La société avait l’obligation de demander à l’intéressé de manière constante et régulière une prestation de travail. L’interruption de cette relation de travail s’analyse en un licenciement.» (Cass. Soc. -- 1er février 2000 -- n° 98-40 -- SA éditions de Meylan c / Durand-Courbet. Statut des pigistes)

« Rappelons par ailleurs qu’être «  pigiste régulier  » n’est pas un statut officiel (soit on est pigiste, soit on est salarié !). Un «  pigiste régulier  » devrait donc être salarié puisque la régularité de son travail prouve sa nécessité au sein d’une rédaction.» (Cf. le code du travail, article L.761-2 du 07/04/1974: Toute convention, par laquelle une entreprise de presse s’assure moyennant rémunération le concours d’un journaliste professionnel, est présumée être un contrat de travail. Cette présomption subsiste quels que soient le mode et le montant de la rémunération ainsi que la qualification donnée à la convention par les deux parties).

 « De plus, la loi est formelle : elle considère le pigiste comme un journaliste au même titre que les autres et celui-ci devrait en principe bénéficier des mêmes avantages que l’ensemble des salariés soumis à la convention collective des journalistes (Droit d’expression des salariés -- Art. 3 - ; Comité d’entreprise et délégués du personnel - Art. 4 - ; Formation professionnelle -- Art. 10 - ; Formation continue -- Art. 12 - ; Visite médicale -- Art. 21 - ; Ancienneté -- Art. 23 et 24 - ; Demande de 13ème mois -- Art. 25 - ; Congés payés (soit le 10ème des sommes perçues entre le 1er juin de l’année précédente et le 31 mai de l’année en cours) - Art. 31 - ; Conflits et licenciements -- Art. 44 à 49 -- ;…) et /ou aux accords d’entreprise, voire aux simples usages qui y sont en vigueur (cantine, ticket resto, remboursement des frais, etc.).»

« Par rapport à la signature des piges, la loi du 3 juillet 1985 reprend celle du 11 mars 1957. Ainsi, tous les journalistes (quelque soit leur statut) et leurs fonctions sont concernés par l’application de la législation concernant la propriété littéraire et artistique, notamment un droit moral (perpétuel, inaliénable et imprescriptible sur l’authenticité et l’intégrité de l’œuvre) et un droit pécuniaire (qui se rattache à toute reproduction ou adaptation de l’œuvre après sa première publication).»

D’ailleurs, il semble qu’il vaille mieux être pigiste en France qu’en Belgique, par exemple. En France, les pigistes sont des journalistes salariés en contrat indéterminé qui reçoivent des bulletins de paie, cotisent et ont droit aux indemnités de la sécurité sociale, des Assedic, de la retraite. La convention collective nationale de travail des journalistes leur permet d’obtenir le 13ème mois, les congés payés, les indemnités de licenciements, le droit syndical,… Sur papier, le statut du pigiste français est un modèle qui offre un confort et une sécurité nulle part égalés.

Pourtant, qu’ils soient français ou belges, les pigistes se trouvent dans la même misère : leurs droits ne sont pas respectés, la concurrence est rude et les fins de mois difficiles. Par exemple, si on n’y fait pas attention, le 13èmemois et les congés payés sont inclus dans le prix brut de la pige, la prime d’ancienneté n’est pas toujours prise en compte,… En tant que nouveau dans le métier, il n’y a pas de négociations pour les tarifs des piges, on accepte celui imposé par l’employeur sinon il proposera le sujet à un autre collègue. La concurrence est rude, beaucoup sont prêts à travailler pour rien. Peur de se faire licencier ou peur de ne plus pouvoir passer de sujets, le moyen de pression touche à leur subsistance : respect des droits ou travailler, le choix est vite fait et le mutisme s’instaure ou plutôt s’instaurait, à l’imparfait depuis que la précarité devient invivable pour le pigiste.

Un article du Monde Diplomatique d’avril 1999, signé Gilles Balbastre, s’intitulait déjà : «Quand il faut vendre l’information». Petit résumé par mots clés et citations validées :

Longtemps, la situation de journaliste pigiste a rimé avec liberté. Puis, le statut de travailleur indépendant s’est installé dans un rapport marchand où leur travail est soumis à une logique commerciale qui détermine largement leur survie (tout court, mais aussi professionnelle).

Leur travail. Rester en observation pour capter les événements et, surtout, pour les saisir avant les concurrents : la course à l’« originalité » ne cesse jamais… et dans un minimum de temps (cette opération étant rarement rémunérée), car  ils sont dans une jungle où tous les coups sont permis. Conséquence : On atteint le résultat inverse. La définition des thèmes de reportage en souffre : l’information ainsi puisée a tendance à fonctionner dans une boucle sans fin, constamment recyclée.

Car même si le pigiste voulait y échapper, sa précarisation (chute des rémunérations, remise en question de la protection sociale, entraves au respect du droit du travail, vie familiale bouleversée, etc.) modifie ses pratiques professionnelles. Isolé et en mal de sources, condamné à dépendre de l’appréciation personnelle des rédacteurs en chef (les donneurs d’ordre), eux-mêmes soumis aux exigences économiques (Audimat, taux de pénétration, nombre d’exemplaires vendus) qui régissent le choix du contenu de l’information, le pigiste est devenu le « VRP de l’information » qui cherche acheteur -- leur vocabulaire quotidien est d’ailleurs révélateur de ce surnom : il faut pouvoir « caser » le sujet, la réalité concernée par l’information risquant alors l’occultation. Tout doit séduire un éventuel acheteur : le choix des situations, l’emploi de certains mots, la nature des faits rapportés… Pour rendre ses reportages attractifs, le pigiste doit utiliser certaines recettes : l’histoire poignante d’un individu singulier, quitte à ne garder que le poignant au détriment des implications politiques, économiques ou sociales du cas particulier. Faute de temps, ce genre d’accroche reposant sur la contagion affective et l’empathie va rarement au-delà. « La trilogie dominante s’énonce : spectacle, émotion, témoignage.»

La prolifération des magazines de presse grand public, des chaînes de télévision et de radio n’a pas offert une palette informative plus large. La majorité de ces supports vendent un « produit » identique décliné sous des emballages différents.

Par conséquent, les pigistes seraient des complices-victimes d’une information partiale et de moins bonne qualité, subordonnée à l’économie (qui leur serre la ceinture comme pour mieux se rappeler à eux dans son impériosité. Même Michel Arseneault, un « ancien », avoue gagner un revenu annuel digne de ce nom uniquement par le recyclage de ses articles. Peu engageant ! Mais je suis motivé. Et d’ailleurs, à côté de ce qui a été énoncé, des associations comme Profession Pigiste ou des collectifs comme le Djiin, imaginent aussi ce que pourrait être leur métier demain… même si chacun à son idée propre. On le réinvente tantôt en avenir de la presse (un journaliste spécialisé, payé à l’article, qui a du temps pour s’appliquer, ne peut-être qu’une richesse pour une rédaction, d’autant plus qu’il est par nature motivé pour se faire connaître et être force de proposition), et tantôt en nouveau modèle. Quelle place pour le public, quel modèle économique, comment construire l’information ?

Une méthode en note positive

« Avec un bon sens de l’organisation, beaucoup de motivation, la connaissance du marché de la presse ainsi que celle des démarches à effectuer, la vente d’articles peut se révéler moins inaccessible qu’elle n’en a l’air pour beaucoup de débutants. »

Il existe apparemment quelques règles à respecter ou anticiper pour « vendre » ses articles et donc intéresser la presse écrite à une idée d’article puis entretenir les relations :

1. Le choix du sujet et de l’angle : être sans cesse en éveil, en avance sur son temps et sur les tendances (flair, œil neuf).

2. Bien choisir le(s) média(s) à qui on adressera ce sujet : cible du média, thèmes abordés, styles et niveaux de langage, longueur des textes,…

3. Prendre contact avec la bonne personne (conseil un peu inutile, mais bon… dans un magazine, visez le rédacteur en chef adjoint ou associé et dans un quotidien, le responsable de rubrique). Certains déconseilleront le mail -- et effectivement, l’expérience promotionnelle montre que la réponse par mail n’est pas probante -- pour le téléphone… pour un rendez-vous.

4. Rédiger une proposition d’article convaincante. Si le produit fini présente l’avantage de voir les idées et de le style immédiatement jugé par le rédacteur en chef, un synopsis (aussi possible par courrier ou mail) est préférable pour un gain de temps et d’énergie. Ce synopsis devrait contenir au moins trois éléments :

- Le thème : titre + sous-titre + bref résumé de l’article, ainsi que quelques indication sur l’angle, les personnes à interviewer, la longueur et le style.

- Son intérêt / importance pour les lecteurs (du journal)

- Une bonne raison de vous en confier l’écriture : angle original, contacts privilégiés, information nouvelle ou difficile à obtenir…

- Pour la forme : être bref (1 page) et accrocheur dès la première phrase, présentation de soi et de sa motivation à écrire l’article avec extrait de « book » et coordonnées.

5. a/ En cas de refus, demander si on peut proposer d’autres sujets par la suite

   b/ Si la pige est acceptée : essayer d’avoir un bon de commande du journal ou envoyer un mail récapitulatif, voire même prendre les devants : arriver avec des contrats type établis par son soin (obligation du Code du travail… délicate pour une première collaboration : l’argument de la confiance) [le contrat doit comporter la date d'embauche, votre nom et adresse, le nom et adresse de la société qui vous commande un papier, le salaire convenu (exempt de la prime d'ancienneté toujours calculée à part), la qualification et le coefficient correspondant, le lieu de travail, la durée ou l'absence de la période d'essai et être accompagné de la convention collective des journalistes (la seule et unique) et attention à la clause de non-concurrence, obligatoirement limitée dans le temps et dans l'espace].

6. Faire un suivi (faire savoir qu’on espère une réponse et qu’on est disponible pour toute question

7. Fidéliser par la suite : après avoir rendu un reportage, relancer rapidement les rédacteurs en chef avec une nouvelle proposition, pour toujours avoir une bonne excuse d’appel et aussi rester visible.

Les solutions ne sont pas miraculeuses et plutôt logiques mais la liste des actions de la vente montre une facette réelle du métier… au moins pour la presse traditionnelle car il existe aussi une nouvelle génération qui porte parfois le nom de « link generation » et évolue dans le web journalisme. Ils ont entre 20 et 30 ans. Tout droit sortis d’école de journalisme,  ils écument les rédactions web pour trouver un emploi plus facilement que leurs collègues des autres médias. Là où leurs ainés devaient souvent attendre  plusieurs années avant d’avoir des responsabilités, certains sont montés haut et vite, mais le web journalisme n’en serait pas moins une jungle. Internet est certes un nouveau média mais les sites peinent souvent à être rentables (et donc rémunérateurs)… Ils sont rachetés, à l’image d’evene.fr par lefigaro.fr puis disloqués, comme c’est le cas à l’heure actuelle. J’en profite au passage pour soutenir l’équipe en ces moments difficiles ! C’est peut-être la jungle… mais rien n’empêche de saluer la qualité des confrères en tour d’honneur.

panopticomm @ 17:46
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